AGAPES FRANCOPHONES 2019
La comparaison temporelle dans le roman À son image de Jérôme Ferrari _____________________________________________________________ 121 Le prêtre choisit les souvenirs les plus lumineux de leur histoire commune, comme le quatorzième anniversaire de la fille, pour lequel il lui avait offert un appareil photo : « Quand il offrit à Antonia, pour son quatorzième anniversaire, le premier appareil photo qu’elle eût jamais tenu entre ses mains, il était encore au séminaire. » (ASI, 19). Elle allait en faire sa carrière et pour le remercier de son cadeau, Antonia l’avait surpris lors de son ordination, à la fin de ses études théologiques. La date de cet événement est consignée précisément : « en février 1981 » (26) ; l’antithèse temporaire est introduite brièvement, par le seul adverbe : « maintenant » : « Maintenant, le glas vient de sonner pour la première fois… » (ASI, 26). C’est toujours lui, le prêtre qui est vu au début de sa carrière : « le cœur battant sur le dallage glacé de la cathédrale d’Ajaccio » (ASI, 26) et qui est ramené au présent, après beaucoup d’années, en habits spécifiques : « la chasuble et l’étole violettes sur les épaules » (ASI, 26). 2. Marqueurs de la comparaison temporelle « L’ancrage spatio-temporel » (Riegel, 263) relie deux scènes : la scène du passé heureux avec le présent poignant, où une tragédie vient de se produire. C’est en raison de cette division que les marqueurs temporels relatifs au passé sont plus élaborés, alors que ceux désignant le présent sont très réduits, le plus souvent l’adverbe « maintenant » seul servant de retour dans l’actualité et d’opérateur du contraste entre les souvenirs et la réalité douloureuse. L’accident est présenté rapidement, comme éblouissement. C’est là le départ de la narration, qui propose des marqueurs temporels très précis : il y a l’accident, ensuite il y a l’annonce de la mort faite par les gendarmes : « le lendemain, en fin d’après-midi » (ASI, 14), finalement il suit la dépose du cadavre à l’église, « deux jours plus tard » (ASI, 15). Les théories sur les figures de style expliquent que la comparaison et la métaphore sont faites d’un comparé-objet dont il est question (A) et d’un comparant (B), l’élément auquel on se rapporte : le comparé est le corps mort d’Antonia qui est toujours mis en antithèse avec son passé, quand elle était vivante, surtout à l’aide de la mémoire du prêtre, qui se souvient de sa filleule : il remonte « trente-huit ans auparavant » (ASI, 15), quand il n’était pas encore prêtre, mais quand il tenait la fille dans ses bras devant l’autel,
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