AGAPES FRANCOPHONES 2019
Comparer, médier. La dynamique poétique de Christophe Tarkos _____________________________________________________________ 127 c’est peut-être le sens de la perspective globale que Philippe Castellin nous propose lors de la construction de l’appareil critique pour le volume de L’Enregistré. Choisissant deux éléments centraux dans la démarche de Tarkos ‒ écriture et lecture ‒ , il propose entre eux une relation qui fait ressortir dans ce processus poétique les différences et les ressemblances entre ces deux gestes, marquant en même temps qu’ils représentent deux facettes de la même expérience poétique. Tarkos embrasse l’écriture comme un jeu plus complexe des formules artistiques. Il emprunte l’importance de l’interprétation de la ligne mélodique, de l’intonation et de la tonalité de l’écriture musicale, des techniques librettistes, en modelant ces éléments en fonction de ses poèmes. En établissant (arbitrairement) la nature enregistrée de cette œuvre, la structure du volume efface dès le début l’idéal de l’interprétation essentialiste de la poésie et du texte comme unique porteur des sens. La valeur de l’expérience poétique ressort des rapports entre les textes et leurs mises en voix ou en scène, ainsi que des rapports du système textuel avec le système musical ou visuel. Pour observer ces écarts et pour sortir la différence essentielle entre ces pratiques d’écriture et les pratiques de la « lecture » proposée par l’exercice poétique de Tarkos, nous devons comprendre que la comparaison est aussi une méthode, une manière d’écrire et de lire. La comparaison propose à la fois un dialogue et une confrontation. Elle apparaît comme un fondement du processus de la médiation des réflexions sur l’idée de poésie et sur les problèmes d’esthétique. Sur cette ligne Daniel-Henri Pageaux propose une pratique contrastive qui révèle les différences entre les systèmes d’expression artistique, l ’intersémiotique : Pour mener à bien une analyse à la fois « comparative » et transdisciplinaire de cette nature, il ne suffit pas d’être sémioticien, ce que doit être le comparatiste lorsqu’il essaye de décrire les relations entre divers textes unis par la notion de genre et qu’il essaye de dégager ce que serait une certaine littérarité générique (ou mieux intra ou intergénérique), en jouant avec la synchronie, la diachronie et en pariant sur des possibilités de continuité (série homogène) ou sur le caractère superprésent (relations entre littérature et arts), il doit inventer une sorte d’intersémiotique capable de décrire deux systèmes différents (système littéraire, ce qu’est tout texte, et système iconique, ou musical ou encore textuel et espace architectural). (Pageaux 1994, 158)
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