AGAPES FRANCOPHONES 2019

Fabiana FLORESCU Université de Bucarest, Roumanie _____________________________________________________________ 128 Pour l’exercice poétique hybride de Christophe Tarkos, un tel regard est un premier pas dans l’analyse de l’expérience poétique, tout en valorisant le processus de création auquel l’auteur réfléchit et les valences de l’hybridation. Pageaux lui-même met le processus comparatiste sous le signe des confrontations et des transpositions, termes qui anticipent les démarches de la médiologie. « Le comparatiste se trouve donc amené à étudier comment la littérature met en mots ce qui n’est plus un matériau, un thème, mais un mode d’expression auditive (ou visuelle), une expérience d’une réalité sonore (dans le cas de la musique). » (Pageaux 1994, 158) L’expérience poétique est vue donc par Tarkos et par ses exégètes comme un appareil vivant, en changement, un organisme qui « s’adapte » (E, 11) en fonction des conditions d’expression. Christophe Tarkos a offert nombre de lectures de ses poèmes et, en comprenant les enjeux ou les défis du son et l’image dans le contexte de la poésie contemporaine, déjà familière aux expériences de Heidsieck ou de Bobillot, il affirme que, pour faire fonctionner un dispositif poétique, il doit emprunter des schémas techniques d’autres médias. Il assume un rôle de médiateur entre ces formes d’expression, car la pensée de la poésie devient une pensée multimédiale, renonçant à traiter les contenus pour leur seule dimension textuelle. Dans des textes-performances comme les mains sont douces on retrouve une « lecture longue et douce sur le thème de la publicité "par rapport à d’autres lectures bruissantes, [qui] créent des œuvres différentes". » (Castellin 2014 9) Tous ces exemples montrent que la mise en jeu de ses expériences poétiques est la révélation du processus de la poésie, de l’expérience même de la fabrication de la poésie. En outre, le processus de création poétique est mis en évidence au sein des rapports comparatifs entre les lectures ou entre le poème et d’autres poèmes auxquels Tarkos fait référence pour évoquer d’autres réflexions sur la complexité du processus d’écriture. Pour Tarkos, l’idéal de cet exercice n’est pas de chercher une définition du poème, mais de l’exclure à la faveur d’une réflexion sur la compréhension du poème comme poiein, processus de création, de fabrication. La dynamique des poèmes est désignée par la permanente interaction des diverses formes d’expression. Selon Philippe Castellin, c’est l’activité « hors-imprimée » de Tarkos qui se manifeste poétiquement dans des « hors livres » (Castellin 2014, 9). La poésie ne dépend plus du livre, du support textuel, car au cas

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