AGAPES FRANCOPHONES 2019
Comparer, médier. La dynamique poétique de Christophe Tarkos _____________________________________________________________ 129 de L’Enregistré, l’utilisation des supports audiovisuels est essentielle. D’autre part, c’est une ouverture qui fait ressembler la poésie à l’art contemporain qui ne cesse d’exploiter tous les moyens multimédias afin d’arriver aux résultats les plus surprenants. « Le poème qui ne peut pas être lu n’est pas un poème », déclare Christophe Tarkos lors d’un entretien avec Sylvie Ferré, organisatrice des Polysonneries, festival de performances et de poésie sonore à Lyon (cité dans Castellin 2014, 26). L’Enregistré n’est pas seulement la captation des textes ou des prestations d’un artiste, mais aussi l’enregistrement du processus de la création et du savoir de la poésie dans une certaine époque et, involontairement, l’enregistrement de la manière dont le public (lecteurs et spectateurs) pense aujourd’hui la poésie. La voix vibre pour soi, rentre au phonème, au souffle. La « page » est désertée, tenue trop pour compromise : bourgeoise. Du moins la transforme-t-on en surface plastique, investie par des compositions tabulaires ou souillée par des éléments importés depuis le monde de l’imprimé, images, fragments de textes, etc. On se veut en dehors, on est dans une guerre que l’on va gagner, on joue la performance, l’action, le non-objet, l’ailleurs, contre le système et la « marché ». On y croit. Y= l’Autre. (Castellin 2014, 28) La remarque de Philippe Castellin perce mathématiquement la construction d’un tel livre qui dépasse les schémas poétiques classiques. De cette façon, il compare le support écrit (la page) avec les autres supports d’expression. Sur ce point, la comparaison propose une identification de l’espace d’action et d’écriture, ainsi qu’une double lecture de l’exercice poétique où l’écriture et la performance sont simultanées. C’est en comparant que Tarkos arrive à ces pratiques médiologiques, à voir que la poésie est plutôt hors-texte. Le livre-album exploite la plénitude du signe, tout est un langage, un matériel potentiel du poème et y participe comme tel. Si l’œuvre fonctionne à la base d’un système de relations, l’enregistrement du processus de la création se fonde sur le dialogue entre les différents systèmes d’expression ou supports techniques qui contaminent le contenu de l’œuvre. Par contre, sans qu’il existe une équivalence à l’écrit et à l’oral entre les formes d’expression, dans la forme imprimée le sens est découvert, et c’est cette transparence apparente du mot qui renferme le texte dans une réflexion sur soi-même. L’acte de poétiser est un acte par excellence protéiforme, le poème est voué
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