AGAPES FRANCOPHONES 2019
Comparer, médier. La dynamique poétique de Christophe Tarkos _____________________________________________________________ 131 blocages d’une parole qui se transforme quotidiennement. En effet, tout fonctionne sur le principe de l’enchaînement de sorte que, pour arriver à produire un nouvel art qui correspondrait à une nouvelle manière de penser le monde, on a besoin d’utiliser un nouveau langage spécifique. Par cela se forme une sorte de pâte qui couvre les mots, ou une pâte à modeler le monde. Les patmots représentent des résidus des phrases, des mots recyclés et de la poussière langagière vendue comme une nouveauté. D’ailleurs, comme Tarkos l’affirme, c’est surtout dans les performances que ces entités langagières atteindront leur vraie intensité dans le radicalisme qui les définit. Les patmots attirent l’attention sur l’importance d’une pensée de l’ensemble de la machine poétique, de tous les rapports entre les mots et les supports techniques qui les portent : Donc, patmot------------------qui signifie ------------------ heu -----la pâte ------mot, la pâte faite des mots […] on dit un groupe de ---- de mots ----- --qui n’ont pas tellement de sens pris isolément mais c’est tout un ensemble et le fait de parler c’est toujours tout un ensemble en même temps et avec ensemble pris en même temps comme c’est une pâte c’est complètement collé […] (E, 231) Afin de mettre en exergue l’expérience de la langue que Tarkos propose dans les deux derniers poèmes cités, on peut rejoindre la perspective de Christian Prigent qui souligne l’accent que Tarkos met sur la langue et sur les jeux linguistiques. Là encore Christophe Tarkos nous parle de la langue, et peut-être ne nous parle que de la langue. Il règle des phrases hoquetées, ressassées ou ironiquement précipitées ‒ qui vident le sens dont elles pourraient être chargées. Cela donne une rythmique obsessionnelle, distraite et rigoureuse, une musique de disque rayé, une mécanique déréglée à force d’être méticuleusement réglée, un zinzin verbologique à la fois blanc- lisse et secoué de tremblements parkinsoniens. (Prigent, 1996, 85) La langue est un objet à modeler en soi, un jeu avec cette forme qui exprime une manière de penser le monde et la littéralité. Si on réfléchit de nouveau à la poétique-limite et fragmentée que Tarkos embrasse, ses œuvres poétiques pourraient demeurer comme une musique sublime (puisque chaque mot contient la possibilité du sublime et de l’absolu) imprimée de nouveau sur un disque rayé des usures. La comparaison avec le disque rayé est révélatrice pour la poétique d’enregistrement : au-delà de l’écho évident à la
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