AGAPES FRANCOPHONES 2019

Comparer, médier. La dynamique poétique de Christophe Tarkos _____________________________________________________________ 135 Finalement, la vérité de l’expressivité du texte ressort de ce regard, et se trouve au juste milieu de ce rapport. La performance soutient ce que la variante imprimée dit, et, sans cette mise en voix qui justifie chaque mot, pour Tarkos le texte n’est qu’une série de mots inexpressifs. Le texte est expressif gardera dans le volume la présence de la performance, marquant entre crochets les éléments qui apparaissent à l’oral (par exemple, lors de la performance, Tarkos dit « Le texte est expressif et intense » qui comporte un changement d’accent par rapport à la version écrite « Le texte expressif est intense »). « Le texte est expressif. Le texte est intense. L’expressivité du texte est bonne. Le texte est bon. Il sort sonore et vrai. Le texte a une bonne expressivité. Le texte [est] expressif est [et] intense. Le texte extirpe. L’expressivité du texte est suffisante. Le texte est bon. [….] Le texte [il] exprime précisément. [Il] Le texte est expressif. Fort, il surprend, en français et vrai, et intense. » (E, 107) Les deux médiums, textuel et sonore, représentent à la base le même processus de transposition- transmission, mais chacun apporte une autre énergie. Ce type de structure, qu’on rencontre par exemple dans Le texte est expressif , ouvre une sorte de praxéologie de la transposition des contenus à travers plusieurs médiums d’expression et à travers la sphère historico-sociale (les régimes de visibilité du contemporain, les pratiques artistiques ou les techniques du divertissement). Dans ce cas, ce sont les médiums qui mettent en évidence les articulations de ces processus dans les termes d’une praxis, telle qu’elle est définie par Pageaux. Et pour Tarkos l’idée de pratique et de tekhné est fondamentale pour la pensée de l’expérience et pour le traitement de l’organisme poétique. De plus, pour avancer dans l’analyse de la poésie, on doit sortir la compréhension de la perspective limitative qui voit la lecture critique comme l’unique manière de percer et d’arriver à l’essence du texte. « […] j’entends, je n’ai pas qu’été là à emmagasiner, je comprends, j’ai qu’eu qu’à appliquer. J’entendais entendre. Je n’eus qu’à enregistrer. » (E, 133) Cet ensemble mécanique du Je comprends révèle le dispositif contemporain à vivre, à parler, à penser. D’ailleurs, il renonce aux idéaux herméneutiques et à la recherche de la compréhension de l’œuvre à la faveur de cette dimension technique et de la pratique de l’enregistrement. En enregistrant, on ne comprend pas le poème, on l’expérimente, en lui laissant la chance de se refaire avec chaque

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