AGAPES FRANCOPHONES 2019

Louise KARI MEREAU Trinity College Dublin, Irlande _____________________________________________________________ 140 du texte (devenu série de mots précédée d’hashtag sur Instagram). L’engouement pour les romans courts, et le renouveau du Haïku peuvent être assimilés à cette révolution technologique, survenue à partir des années 1990 et qui a explosé à partir des années 2000 en France. Les créations littéraires semblent suivre la tendance du bref et du rapide. Ce parallèle entre réseau social et littérature nous permet d’introduire ici le sujet de cet article : l’Instagrammisation de la littérature. Il ne s’agit plus de décrire, mais de référer : si Émile Zola devait décrire les vêtements que Gervaise et ses enfants portent dans l’Assommoir (1877) pour rendre compte de leur condition sociale, Frédéric Beigbeder peut se contenter d’annoncer qu’Octave Parango s’habille chez APC (2004 , 17) ; si Honoré de Balzac devait décrire la déchéance physique du Père Goriot, Beigbeder n’a besoin que de comparer le professeur Stylianos Antonarakis à Paulo Coelho et Anthony Hopkins (2018, 29) pour que le lecteur – cultivé – s’en fasse une image. Ce nouveau système de références permet de donner à la figure de la comparaison une dimension culturelle et politique car il faut que le lecteur partage le même système de références que l’auteur pour comprendre le livre. Bien sûr, on peut objecter que le lecteur du 21 ème siècle ne peut partager le même système de références que Rabelais par exemple et c’est pourquoi les dictionnaires d’auteurs existent. Mais ici, il s’agit d’un auteur d’une époque lu par ses contemporains. La distance historique est effacée. Mais, quid de la différence culturelle ? En effet, le but d’un auteur est d’être publié, lu, reconnu, pour cela il doit être compréhensible. L’auteur choisit son système de références en sélectionnant les référents (marques ou personnalités) qu’il va utiliser : il peut alors être compliqué de passer d’un système à un autre. Dans cet article, notre but sera de mettre en avant les défis que cette nouvelle forme de comparaison apporte dans la création littéraire contemporaine : le problème du système de références et de la traduction. Pour ce faire, nous nous appuierons sur des exemples concrets, provenant des romans de Frédéric Beigbeder, Virginie Despentes et Michel Houellebecq, trois auteurs cyniques, en vogue, et « instagrammant » la littérature.

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