AGAPES FRANCOPHONES 2019

Instagrammisation de la littérature _____________________________________________________________ 141 1. Définition du concept en France Richard Millet, dans une interview, publiée dans l’ouvrage dirigé par Alain-Philippe Durand, Beigbeder et ses doubles (2008, 39-42), attaque Beigbeder, en décrivant son travail comme de la littérature spectacle : les images remplacent les descriptions, et l’argot et les mots à la mode, la langue de Molière. Le « français littéraire » semble en voie de disparation à cause de la démocratisation. Pour Millet, Beigbeder fait de la littérature post-littéraire, de la sous culture. Beigbeder répond à cela ; pour lui, le plus important est de publier, et de défendre le livre et les œuvres écrites face à la nouvelle addiction et au nouvel enthousiasme de la société pour les images (Durand 2008, 40-41). C’est l’ère de l’instagrammisation de la littérature. Pour expliquer plus précisément ce qu’est l’instagrammisation, il convient de rappeler ce qu’est le « Naturalisme Underground » défini ainsi par Beigbeder : Le naturalisme underground : des romans souvent très « branchés » (terme ringard mais qui décrit bien une vision « connectée » sur le réel) qui racontent leur époque de la façon la plus moderne – souvent en imitant certains auteurs américains comme Hunter Thompson, Hubert Selby Jr. ou Bret Easton Ellis. Exemples : Michel Houellebecq, Vincent Ravalec, Vincent Borel, Guillaume Dustan, Virginie Despentes, Tonino Benacquista, Benoit Duteurtre… Peut-être que Vacances dans le Coma fait partie de cette famille-là. (Durand 2008, 13) L’importance de l’image dans la société contemporaine ne cesse de grandir. Les auteurs ne décrivent plus ; ils associent. Un vêtement avec une marque, une boisson aussi, et même des objets du quotidien. Par exemple, chez Despentes l’on trouve : « Véronique lui tend une boîte entière de Kleenex. » (2004, 39- 40 ) ou « La bouteille de Jack, enfonce-toi-la bien profond, je t’emmerde » (1999, 119) et chez Houellebecq : « Un soir que Véronique était absente, j’ai avalé un flacon de Largactyl. Pris de panique, j’ai ensuite appelé les pompiers » (1994, 104) ou « Le soleil se couchait, les feux arrière de la Mercedes s’éloignaient en direction de la nationale, et il repensa à Geneviève » (2010, 53).

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