AGAPES FRANCOPHONES 2019

Instagrammisation de la littérature _____________________________________________________________ 143 dans les années 1990 par les jeunes de banlieue. Communication sur un « style de vie » bon chic bon genre, ouverture d’un navire amiral à Paris, logo plus petit... Toutes les stratégies marketing ont été bonnes, ensuite, pour se dégager d’une image devenue trop « ghetto ». (2013) Il semble, dès lors, très probable que l’utilisation de telle ou telle référence à une marque permette à l’auteur de donner plus d’informations sur une situation tout en n’ayant pas à décrire longuement celle-ci. La « bouteille de Jack » de Manu peut souligner son alcoolisme, le Jack Daniel étant un whiskey peu cher, facile à trouver dans tous les supermarchés. Cette marque, souvent attribuée à une consommation principalement masculine peut aussi rappeler au lecteur le côté masculin, que Manu cultive, qui lui permet d’être une femme libre. Comment alors peut-on lire un livre « instagrammé » et être sûr de le comprendre ? Cette pratique qui peut sembler, à l’abord, apporter un niveau de détail plus percutant qu’une longue description, semble au contraire rendre plus opaque la compréhension complète du texte. 3. La question éthique L’utilisation de marques peut être problématique. S’il est légal de citer dans une œuvre littéraire une marque, il peut arriver que ladite marque n’apprécie pas la référence : Lalie Walker, par exemple, fut attaquée pour diffamation par Village d’Orsel, gestionnaire du Marché Saint-Pierre. Elle situait l’action de son roman Aux malheurs des dames (2009) dans le Marché Saint-Pierre. Robert Gabbay, le directeur général de la société, expliquait à Rue 89 : « Ce livre cite notre marque ! C’est une marque déposée ! Ce site est protégé ! On ne touche pas et on ne parle pas du Marché Saint-Pierre sans l’autorisation du propriétaire et du dirigeant. C’est n’importe quoi, c’est de la diffamation. » (Dryef, 2010) Guillaume Sauvage, avocat spécialisé en droit de la communication, explique les limites possibles de l’utilisation d’une marque dans un roman : Il peut y avoir diffamation, y compris dans la fiction, mais le critère, c’est quand il peut y avoir confusion entre le réel et la fiction. Quand on lit le livre, il ne peut pas y avoir de confusion possible. Aucun nom de personne réelle n’est donné. Les dirigeants du magasin sont frères, ce qui n’est pas le cas dans la réalité. (Dryef, 2010)

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