AGAPES FRANCOPHONES 2019
Louise KARI MEREAU Trinity College Dublin, Irlande _____________________________________________________________ 146 l’avons souligné. Dans le cas d’une traduction d’un ouvrage instagrammé, la question du système culturel se pose, aussi, d’une nouvelle façon : faut-il traduire la langue en gardant le système culturel originel de l’auteur ou faut-il également traduire les références utilisées pour qu’elles s’insèrent mieux dans le système culturel du lectorat visé par la traduction ? Si la narration se sert de mots d’une autre langue, le traducteur doit-il conserver les mots dans la langue choisie par l’auteur lors de la traduction ou les traduire ? L’apparition d’anglicismes dans la littérature française n’est pas récente mais depuis la mondialisation, leur création et diffusion se sont particulièrement accrues. De nombreux nouveaux anglicismes sont apparus : il ne s’agit pas seulement de noms ou d’adjectifs utilisés comme ils le seraient en anglais (Thriller, Marketing, Remake, Sponsor, Business, Casting, etc.), il s’agit des mots de différentes natures (verbes, noms, adjectifs, etc.) utilisés soit en corrélation avec la grammaire française soit dans un sens différent de leur sens originel. Des noms communs ou des verbes ‒ « ghost », « challenge », « brainstorm », « binge watch », « chill » ‒ deviennent des verbes du premier groupe : ghoster, challenger, brainstormer, binge watcher, chiller. Des mots changent de sens, par exemple « look » est utilisé dans le sens de « outfit » en anglais, ou d’autres sont recréés comme « boobies » signifiant « sein », venant de « boob » en anglais. De nouveau, le problème de l’audience se pose ici : faut-il une connaissance de l’anglais pour lire certains passages littéraires, et savoir, par exemple, ce que « blogger », « cool », « has been », « middle-age », veulent dire, ou ces livres attestent-ils d’une fusion/fission des langues française et anglaise en progrès dans la société française ? Marc Smeets, professeur à Radboud Université, explique ce recours à l’anglais à l’aide du concept de la catachrèse dans son article « Frédéric Beigbeder et l’identité de la langue française » (2009, 14) : On appelle en rhétorique "catachrèse" l’utilisation d’un mot figuré là où il n’existe pas de mot propre. D’après Pierre Fontanier, la catachrèse existe à trois niveaux. Elle peut être métaphore , comme par exemple dans "les ailes d’un moulin" ; elle peut être métonymie , comme dans le mot "cour", pour "ensemble de courtisans" ; elle peut être synecdoque comme dans "un bronze" – pour un "vase de bronze". […] Frédéric Beigbeder qui opte quant à lui pour l’anglomanie assumée et stratégique, parvient à enrichir son vocabulaire. De cette façon, il peut écrire "ils ont tous l’air de flipper comme des bêtes", "elle est middle class mais fun" ou "excuse-moi j’ai du mal avec
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=