AGAPES FRANCOPHONES 2019
Félicité et Emerence − deux saintes du quotidien _____________________________________________________________ 155 roman postmoderne) ? Ces questions sont d’autant plus intéressantes que le nom de Félicité ne dit rien aux lecteurs hongrois moyens, qui ne connaissent pas Un cœur simple de Flaubert. En Hongrie, Gustave Flaubert est l’auteur de Madame Bovary qu’on enseigne aux cours de littérature, dans les écoles secondaires, comme le roman emblématique du courant réaliste. C’est pour cette raison que la réception critique hongroise ne mentionne pas l’analogie établie entre les deux personnages. Nous pouvons affirmer que le rapprochement entre Félicité de Flaubert et d’Emerence de Szabó, jusqu’à présent, était interprété d’une façon unilatérale, du point de vue des lecteurs français. L’objectif de la présente étude est de comparer les deux bonnes, de relever les similitudes et les parallélismes pouvant justifier cette analogie, mais aussi les différences significatives entre elles. Avant d’entamer l’essentiel de la problématique, il ne serait pas inutile de présenter, quoique brièvement, les deux romans. Un cœur simple fait partie du tryptique Trois contes qui est la dernière œuvre achevée et publiée du vivant de Gustave Flaubert. Paru d’abord en feuilleton, le livre a été publié en volume en avril 1877. Les exégètes se réfèrent sans cesse à Gailly 4 pour souligner que c’est la mémoire du vécu – paysages, personnages, lieux, épisodes – qui a servi de point de départ pour le livre de Flaubert. Pourtant, en conséquence de la fameuse méthode flaubertienne qui exclut toute subjectivité et toute prise de position personnelle, le statut autobiographique de ces évocations ne peut pas être défini précisément. La nouvelle met en scène la vie pitoyable et monotone d’une servante, une vie qui s’écoule sans aucun événement marquant et qui n’est en fait qu’un demi-siècle de servitude. Flaubert a donné vie à un personnage insignifiant mais émouvant dont on entend à peine la voix. Privée de la parole, elle vit par son travail et par son attachement à tous ceux qu’elle aime. Le récit est raconté par un narrateur hétérodiégétique et omniscient qui ne se manifeste pas explicitement dans son récit. La Porte a été publiée en 1987. Il a fallu attendre seize ans pour que la version française soit publiée, malgré que Magda Szabó ait fait sa première entrée sur le marché du livre français déjà en 4 Cf. Gailly, Gérard, Flaubert et les Fantômes de Trouville , Paris, La Renaissance du livre, 1930.
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