AGAPES FRANCOPHONES 2019
Roxana MAXIMILEAN Université Babeş-Bolyai , Cluj-Napoca, Roumanie _____________________________________________________________ 170 enfance difficile et il est clair qu’une partie de sa motivation d’inventer ces histoires a été de remettre en discussion son enfance. » 9 (Ridley 2016, 7) Son frère aîné meurt à treize ans brisant le cœur de sa mère que Barrie essaie de consoler en portant les vêtements de son frère. Ainsi, dans son œuvre littéraire, il met en scène l’enfance éternelle afin d’immortaliser son frère qui n’a pas eu la chance de devenir adulte. Dès le début du livre Peter et Wendy , Barrie révèle la particularité du protagoniste : « Tous les enfants grandissent. Tous sauf un » (1912, 1), Peter Pan est « un garçon bizarre et souriant » (1910, 1) qui « a toujours le même âge » (1910, 2) puisqu’à sept ans il abandonne la condition d’homme et s’échappe par la fenêtre, le jour où il entend ses parents dire qu’il deviendrait un homme (1910, 3). Il choisit alors de vivre une enfance éternelle dans le pays de Neverland, sorte d’île imaginaire que le temps ne marque pas. Nous appuyons notre présente analyse de l’enfance dans la perspective de Sylvie Germain sur les concepts de la mythocritique, science qui d’après Gilbert Durand est adaptable à la littérature en tant qu’objet d’étude bien que « la littérature ne soit considérée et abordée que pour elle-même, dans la simple perspective de la compréhension d’une œuvre ou d’un auteur ». (Monneyron 2014, 42). En outre, la méthode d’analyse mythocritique en trois étapes proposée par Pierre Brunel est totalement pertinente pour notre démarche. D’abord le mythologue mentionne l’émergence définie comme « l’examen d’occurrences mythiques » puis, la flexibilité qui vise les adaptations des mythes, vu que l’élément mythique est « susceptible de modifications, adaptable » et finalement, l’irradiation, la propagation des mythes dans la totalité d’une œuvre car « une image mythique présente dans un texte de cet écrivain, peut rayonner dans un autre texte » (Brunel 1992, 84). Ces instruments exégétiques prouvent que « la mythocritique ouvre une fenêtre fascinante à travers laquelle on peut regarder la littérature autrement, comme si l’on observait par une vitre universelle formée de multiples strates, celles de ces histoires que l’homme se raconte depuis des millénaires ‒ les mythes. » (Deslauriers 2012, 46) 9 « Barrie had a difficult childhood and it is clear that part of Barries motivation for inventing the stories was to re-engage with his own childhood. » (Notre traduction)
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