AGAPES FRANCOPHONES 2019

Roxana MAXIMILEAN Université Babeş-Bolyai , Cluj-Napoca, Roumanie _____________________________________________________________ 174 torrent. […] Cette eau était glacée, tout à fait glacée. Et moi j’étais à fond de l’eau, comme un petit caillou » (JC, 198). Encore une prédiction, cette fois de la mort des deux amoureux, qui, frappés par un coup de pierre, tombent immobiles dans l’eau de la rivière qu’ils étaient en train de traverser. Un autre Peter Pan germanien est Loulou, personnage de Chanson des mal-aimants que la protagoniste, Laudes, rencontre dans la maison de Léontine. Celle-ci « bien que déjà âgée s’occupait de plusieurs enfants que la guerre avait séparés de leurs parents » (CM, 25). Léontine rebaptise des enfants juifs afin de sauver leur vie pendant la Deuxième Guerre Mondiale : « Et il y avait un petit garçon de mon âge, Louis, surnommé Loulou, dont je tombai aussitôt amoureuse. C’était un poids de plume, Loulou ; avec ses grands yeux noisette à reflets mordorés, disproportionnés dans son mince visage triangulaire, il avait un air de bébé hibou. » (CM, 26) Tous les locataires de la maison de Léontine se demandaient pourquoi le petit Loulou refuse de manger : « Mais, Loulou m’a avoué son secret, à moi seule […]. Cela faisait près de deux ans que ses parents et ses frères aînés étaient partis et lui, qui attendait de pied ferme leur retour craignait que les siens ne les reconnussent pas s’il poussait trop vite. Il s’ingéniait donc à ralentir sa croissance, il se plongeait en apnée temporelle. » (CM, 27) Plein d’espoir, le petit attendait le retour des siens, essayant de « fossilis[er] l’état de la chair à l’instant de la séparation » (Veche 2013, 139). L’amitié qui lie Laudes et Loulou rappelle celle d’entre Lucie et Louis-Félix de L’Enfant Méduse (Ghiteanu 2010, 195). L’attente du petit est récompensée car, à la fin de la guerre, son père revient le chercher : « Quelqu’un a fini par frapper à la porte de Léontine, une ombre d’homme. Son passage fut de courte durée, le soir même de son apparition il est reparti, emportant Loulou-Élie dans ses bras. » (CM, 31) Le père est probablement le seul vivant de la famille. Le départ de Loulou sera ressenti par Laudes comme une douleur profonde, comme « un deuil à répétition » (Ghiteanu 2010, 195), puisqu’elle sera la seule des enfants cachés dans la maison de Léontine que personne ne viendra chercher. Vers la cinquantaine, Laudes revient dans le village de Léontine pour chercher sa tombe. Elle y retrouvera trois petits cailloux parfaitement rangés et un billet contenant une écriture hébraïque, indices qui la poussent à croire que probablement Loulou-Élie est toujours vivant et qu’il est lui aussi revenu apporter une hommage à Léontine, celle qui jadis

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