AGAPES FRANCOPHONES 2019

Roxana MAXIMILEAN Université Babeş-Bolyai , Cluj-Napoca, Roumanie _____________________________________________________________ 176 « Dieu ne peut être présent dans la création que sous la forme de l’absence. » (Germain 2008, 126) Loulou est un exemple de ces victimes innocentes de l’ouragan historique, dont la souffrance reste sans explication, un exemple « heureux », car il est reste en vie tandis que d’autres individus ont péri sans trace au fond d’une fosse. Roselyn Petiou, personnage de Nuit d’Ambre , est un autre Peter Pan germanien. Les traumatismes soufferts pendant son enfance se reflètent à la surface de son corps incapable d’atteindre la maturité physique, car « son corps à plus de dix-sept ans, demeurait toujours celui d’un garçon impubère » (NA, 266), « un corps attardé » (NA, 266). Roselyn était boulanger, « un homme enfant » avec des « airs d’ange balourd et têtu, [une] petite voix de fausset pleine d’hésitation et [des] yeux de myope enfouis derrière d’épaisses lunettes » (NA, 264). Sa mère meurt, son père, désespéré, se retire dans une maison de repos et lui, il se voit obligé de quitter la maison familiale et de déménager dans la capitale. Outre son apparence physique, Roselyn garde aussi l’enfance dans une innocence pure, incapable de ressentir ou de reconnaître le mal : « son regard était surtout celui d’une infinie tendresse. » (NA, 265) Ainsi, il présente à Nuit d’Ambre « un double inverse de lui-même » (NA, 269), car, même s’il est aussi un orphelin dont la mère est morte et le père ne peut pas faire face au malheur, Roselyn ne transforme pas sa souffrance en haine : « Il y avait simplement que Roselyn lui taraudait la mémoire, menaçant toutes les défenses qu’il avait érigées et sa conscience depuis des années, comme si, dans son langage simplet et sincère, l’autre ne faisait au fond qu’avouer ses propres tourments à lui. » (NA, 269) Roselyn devient un miroir, qui, comme disait Jacques Lacan (2016, 2), a un rôle d’identification, puisque Victor-Flandrin se reconnaît dans la vie du garçon. C’est la manière de Sylvie Germain de « dresser le portrait de l’homme moderne, qui n’est plus enraciné dans une identité familiale, mais se découvre dans l’étranger miroir que nous tend l’inconnu croisé dans la foule » (Demanze 2005, 67). Nuit-d’Ambre-Vent-de-Feu ne peut plus contrôler sa mémoire saignante et s’imagine que seulement en tuant il pourra apaiser sa haine : « Alors un jour, parvenu aux limites de cette mémoire de fou, à bout de nerfs, il s’était rappelé la promesse qu’il s’était faite plus d’un an auparavant : ‒ que celui qui oserait rouvrir sa blessure de mémoire, il le tuerait. » (NA, 274) Cependant, il ne sera pas l’assassin, mais le traître, rappelant le sujet de sa dissertation qu’il n’a jamais soutenue, mais aussi le mythe biblique de Judas (Ghiteanu 2010, 93) :

RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=