AGAPES FRANCOPHONES 2019
Dorottya MIHÁLYI Université de Szeged, Hongrie _____________________________________________________________ 182 falsifiée 1 . Dans la présente étude, nous n’avons pas l’intention de donner une nouvelle interprétation à la question de la représentation. Nous allons étudier la comparaison à l’aide d’un procédé pratique qui comprend la présentation et le regroupement des comparaisons utilisées dans deux récits de voyage écrits sur la Tunisie et l’Algérie à la fin du XIX e siècle. Par cette démarche, nous voulons attirer l’attention sur les risques qu’apporte l’utilisation de la comparaison sur la construction de l’image d’un pays inconnu. Ensuite, comme la comparaison, outre son rôle poétique et stylistique, est un instrument d’analyse des sources permettant au chercheur de voir comment deux ou plusieurs personnes de même époque mais de pays différents regardent et interprètent le même territoire, nous nous en servons pour une analyse contrastive de notre corpus. Cette comparaison des deux textes nous permettra de connaître deux conceptions de l’Afrique du Nord tout à fait différentes et de relever comment le voyage peut servir l’intérêt politique dans certaines situations. Le premier voyage a été effectué entre décembre 1888 et janvier 1889 par un médecin français, Armand Trumet de Fontarce, qui a parcouru les côtes de la Tunisie et de l’Algérie avec son fils. Il a fait dans l’ensemble trois voyages au Maghreb (en 1888-1889, en 1890-1891 et en 1895), mais seulement le premier était motivé par la simple curiosité – fait qu’il déclare sur la première page de son récit (De Fontarce 1896, 6). Les deux autres voyages ont été effectués sur commande de la Société d’Anthropologie dont il était membre. Pour cette raison, ils seront omis de notre analyse. L’autre récit de voyage est celui d’un professeur hongrois, Rezső Tóth, qui était d’ailleurs homme de lettres et voyageur passionné (Gráberné Bősze 2015). Il a voyagé au Maghreb en été 1903 en compagnie de son professeur d’autrefois et collègue Zsolt Beöthy, à qui il a dédié son récit de voyage intitulé Ports Nord-Africains. (De 1 Alain Guyot attire notre attention sur le fait qu’une comparaison mal choisie peut créer une image complètement trompeuse. Pour en souligner l’importance, il évoque les propos de François Hartog, d’après qui l’usage des figures est équivalant à une traduction ou à une visualisation. Guyot ajoute que l’essentiel de la comparaison réside à la suppression de la distance entre le monde connu et l’inconnu (2012, 33.) Pour cette raison il est important de bien choisir les comparaisons utilisées pour décrire la réalité. Odile Gannier observe que la comparaison est souvent fausse car le comparé et le comparant ne correspondent pas mais elle est capable d’attirer notre attention sur l’altérité qui est déjà un résultat (2001, 74).
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