AGAPES FRANCOPHONES 2019

Approcher ou éloigner par la comparaison ? Le cas de deux voyageurs au Maghreb colonial _____________________________________________________________ 191 Constantine garde encore son caractère arabe très accusé. Les indigènes en très grand nombre circulent dans les rues avec leurs costumes, leurs ânes, leur type que nous connaissons bien déjà. Mais ils ont presque tous l’air misérable. Ils sont loin de montrer les beaux types et les beaux costumes de Tunis. (de Fontarce 1896, 46-47) Certains traits caractéristiques se dessinent clairement si l’on examine plus profondément les exemples cités. Cependant, afin de faire des constatations plus précises, il faut connaître les deux textes dans leur intégralité. Ce qui se voit déjà à la base des citations, c’est avant tout le caractère nationaliste des deux récits de voyage. Ceci est présupposé dans le cas du voyageur français dont le devoir est de faire l’éloge de sa nation, mais plus inattendu de la part du voyageur hongrois. De Fontarce effectue son premier voyage par volonté de connaître les deux colonies nord-africaines de la France. Par conséquent, on attend qu’il regarde avec les yeux d’un colonisateur, celui qui veut faire l’éloge de la colonisation et surtout des actions faites par les Français pour développer, voire civiliser les peuples arriérés. Pour cette raison, il se concentre sur la société et la place des Français dans les deux pays d’outre-mer. Le seul aspect auquel il s’intéresse est de savoir si l’impact de sa nation se laisse voir. Il souligne sans cesse les effets bienfaisants de la colonisation, mais il le fait avec un certain respect pour la société arabe. Ainsi, même si la primauté des Français est indiscutable, l’Arabe plutôt inconnu est décrit sous une lumière favorable. Celle-ci est sans doute due à la différence culturelle. La culture arabe est admise comme importante par de Fontarce. Le caractère traditionnel souvent associé au désordre et à la saleté du monde arabe est opposé à la modernisation et à l’européisation proposées par les Français. Le pays colonisateur domine le récit ; tous les endroits visités sont décrits avec un accent sur les ressemblances : « comme si on était en France ». L’image de la culture et de la mode de vie arabes est donc contradictoire, et exprime à la fois l’admiration et le mépris. Même s’il parcourt les deux pays plus profondément que Tóth, de Fontarce ne se détache jamais de l’environnement français, ce qui renforce le caractère partial de son récit de voyage. La description de Tóth est sans doute moins influencée par des intérêts nationaux et est aussi beaucoup plus superficielle. Il ne visite que les grandes villes du littoral et quelques monuments dans leurs alentours. Son récit de voyage est plein d’images simplifiées

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