AGAPES FRANCOPHONES 2019

Comparaison des motifs autobiographiques dans l’œuvre de Anaïs Nin et de Sidonie-Gabrielle Colette _____________________________________________________________ 209 We went to the shoe shop. There the ugly woman who waited on us hated us and our visible joy. I held Johanna’s hand firmly and commanded. I was firm, wilful with the shopkeeper. Give me this, the best — don’t you see, it’s for Johanna? The best then, the very best you have. When the woman said she did not have broad enough sandals for Johanna’s foot, I scolded her. And then to Johanna: “When people are nasty to you I feel like getting down on my knees before you. I love you, Johanna” 13 . ( Winter of Artifice , 72) Comme on peut observer, Nin a réécrit un extrait de son journal intime qui décrit un événement réel, ajoutant des phrases soulignant les sentiments envers June/Johanna et supprimant les phrases redondantes. Malgré sa fascination, Nin est tourmentée par des sentiments contradictoires envers June. Le 5 janvier 1933, elle écrit : « Last night I missed June. June is the only woman I will ever love in the manner I loved June, fantastically, erotically, literarily, imaginatively — the only woman who has deeply stirred me as an artist, who makes all others pale and lifeless. I miss her. I miss her. » 14 ( Incest , 88) L’adverbe « littéralement » peut être un élément clé pour comprendre la fascination d’Anaïs. L’amour pour June est en partie une création, un mélange de fascination et de jalousie. Relation avec la femme d’Henry est le dernier pas vers la libération artistique. June est nécessaire pour créer une nouvelle réalité, pour sceller le destin de l’artiste, que Nin désire tant être à chaque instant de sa vie :« Henry et June ont détruit tous deux la logique et l’unité de ma vie. C’est bien, car un modèle n’est pas vivant. Maintenant, je vis. Je ne fais pas de modèles. » ( Henry and June , 88). Mais quand June apprend qu’Henry et Anaïs sont amants et réagissent émotionnellement et même théâtralement, Nin écrit : « [June is] not only neurotic, 13 « Nous sommes allés au magasin de chaussures. Là, une laide femme qui nous attendait, nous détestait et notre joie visible. J’ai tenu la main de Johanna fermement et j’ai commandé. J’étais fermée, obstinée avec le commerçant. "Donnez- moi ça, les meilleurs, vous ne voyez pas que c’est pour Johanna ? Les meilleurs alors, les meilleurs que vous ayez". Quand la femme m’a dit qu’elle n’avait pas des sandales assez larges pour le pied de Johanna, je l’ai grondée. Et puis à Johanna : "Quand les gens sont méchants avec toi, j’ai envie de me mettre à genoux devant toi. Je t’aime, Johanna" ». (Notre traduction) 14 « La nuit dernière, June me manquait. June est la seule femme que j’aimerai jamais de la manière dont j’ai aimé June, fantastiquement, érotiquement, littéralement, imaginativement − la seule femme qui m’a profondément émue comme artiste, qui rend toutes les autres pâles et sans vie. Elle me manque. Elle me manque. » (Notre traduction)

RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=