AGAPES FRANCOPHONES 2019

Comparaison des motifs autobiographiques dans l’œuvre de Anaïs Nin et de Sidonie-Gabrielle Colette _____________________________________________________________ 211 L’écrivaine consacre une grande partie de sa vie à analyser les personnalités des deux parents et à s’orienter dans des relations complexes avec eux − une fois elle essaie d’être fidèle à sa mère et déteste Nin, puis elle voit en elle les traits de son père et croit profondément en son innocence. Elle s’identifie aux choix de son père, cherche des similitudes sur le plan prosaïque et spirituel, preuve de leur lien inhabituel et indissociable. Elle enregistre : We are punctual [...] We need order around us, in the house, in the life, although we live by irresistible impulses, as if the order in the closets, in our papers, in our books, in our photographs, in our souvenirs, in our clothes could preserve us from the chaos in our feelings, loves, in our work 18 . Elle note qu’ils ont tous les deux un fort besoin de faire semblant, qu’ils craignent tous les deux la pauvreté, qu’ils ont la force, l’équilibre, la perfidie en commun et qu’ils travaillent dans le jardin avec des gants. Aux yeux de Nin, la relation avec son père était à la fois magique et limitative. Elle a essayé de s’en libérer à différentes étapes de sa vie, ce qui, selon elle, ne s’est produit qu’après avoir commis l’inceste. C’est ce qui s’est passé la dernière semaine du mois de juin 1933 à Valescure (Midi de la France). Anaïs passe neuf jours avec son père, puis elle le quitte comme il l’a quittée. Elle fait une sorte de purification, de fermeture, bien qu’elle ne comprenne probablement pas complètement ses propres intentions. Elle l’a décrit dans son journal en ces mots : I had a man I loved with my mind: I had him in my arms, in my body. I had the essence of his blood in my body. The man I sought throughout the world, who branded my childhood and haunted me. I had loved fragments of him in other men (...) the whole was there 19 . ( Incest , 210) caresse de sa part. À la maison, seulement des scènes, des querelles, des coups. Et ses yeux durs et bleus nous regardent, à la recherche de défauts. (Notre traduction) 18 Nous sommes ponctuels […] nous avons besoin d’ordre autour de nous, dans la maison, dans la vie, bien que nous vivions par des impulsions irrésistibles, comme si l’ordre dans nos armoires, nos papiers, nos livres, nos photographies, nos souvenirs, nos vêtements pouvait nous préserver du chaos dans nos sentiments, nos amours, dans notre travail. » (Notre traduction), A. Nin, Diary I , cité par Paul Grimley Kuntz, « Art as Public Dream: The Practice and Theory of Anaïs Nin » in A casebook on Anaïs Nin , pp.83-84. 19 « J’avais un homme que j’aimais dans ma tête ; je l’avais dans mes bras, dans mon corps. J’avais l’essence de son sang dans mon corps. L’homme que j’ai cherché dans le monde entier, qui a marqué mon enfance, qui m’a hantée. J’avais aimé des fragments de lui chez d’autres hommes [...] et tout était là. » (Notre traduction)

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