AGAPES FRANCOPHONES 2019
Deux Cythères, deux époques : L’univers de Jean-Antoine Watteau aux XVIII e et XIX e siècles _____________________________________________________________ 219 Le « Pèlerinage » au XVIII e siècle Watteau est considéré comme l’un des peintres les mieux documentés, car déjà de son vivant, avant sa mort prématurée en 1721 et aussi depuis, on a écrit sur lui et sur son art (le premier texte connu qui traite de l’artiste a été publié en 1720). Curieusement, au XVIII e siècle, à part quelques rares poèmes de l’abbé Fraguier et de l’abbé de la Marre, ces « documents » sont plutôt des Vies d’artiste avec des remarques sur l’art du peintre. C’est pour cette raison qu’on n’y trouve aucune référence évidente ou directe à un tableau quelconque, mais plutôt des commentaires généraux. C’est ainsi qu’Antoine de la Roque se souvient de l’art de Watteau en 1721 : La variété des draperies, des ornements de tête et des habillements, font surtout grand plaisir dans ses compositions. [...] Surtout le précieux talent de la grâce dans les airs de têtes, principalement dans les femmes et les enfants qui se fait sentir partout. [...] Sa couleur est pure et vraie, ses figures ont toute la délicatesse et toute la précision qu’on pourrait souhaiter. Les ciels de ses Tableaux sont tendres, légers et variés, les arbres sont feuillés, disposés et placés avec art, les sites de ses paysages sont admirables, et ses terrasses d’une vérité naïve, aussi bien que les animaux et les fleurs. (6-7) Dubois de Saint Gelais écrit en 1727 : « Ce peintre s’est fait un nom par sa gracieuse et exacte imitation du naturel dans les sujets galants et agréables. Il a parfaitement bien représenté les concerts, les danses et les autres amusements de la vie civile. » (21) Dans une lettre d’Étienne Jeaurat écrite en 1729, on trouve les propos suivants : « C’est un peintre tout à fait extraordinaire, il imite la nature à merveille. » (23) Finalement, comme l’exprime le comte de Caylus en 1748, « [l]es ouvrages de Wateau plaisoient généralement à tout le monde, étant à la mode, cela n’est pas étonnant » (86-87). Mais qu’est-ce que le motif du voyage sur le Pèlerinage pouvait-il signifier pour les auteurs de cette époque-là ? Selon les témoignages de ces textes, les valeurs essentielles de l’art de Watteau au XVIII e siècle sont la légèreté, la grâce, la finesse et la joie qui émanent des toiles du peintre. Comment est-il possible de savoir de quelle manière les écrivains d’art ou les biographes du peintre ont interprété le sujet de la toile en question : s’agit-il à leurs yeux d’embarquement ou plutôt de débarquement ?
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