AGAPES FRANCOPHONES 2019
Luca RAUSCH-MOLNÁR Université de Szeged, Hongrie _____________________________________________________________ 220 Si l’on conçoit le Pèlerinage comme un débarquement, la nature qui encadre les pèlerins est celle de Cythère, c’est alors l’île de l’amour qui y est représentée. Cela nous permet de supposer que les écrivains du XVIII e siècle identifiaient la grâce, la finesse et les autres valeurs à l’île parfaite et admiraient l’exécution excellente du sujet. Par contre, si l’on interprète le Pèlerinage en tant que représentation d’un embarquement, c’est la promesse de l’île merveilleuse et l’espérance de la trouver qui donnent ce sentiment de joie aux pèlerins et – également – aux spectateurs. L’analyse de ces quelques ouvrages du XVIII e siècle ne nous donne pas alors de réponse univoque à nos questions concernant l’embarquement et le débarquement. C’est la comparaison de ces textes à ceux du XIX e siècle qui pourra nous fournir une réponse aux questions que nous venons de poser. Où « arrive » le voyage au XIX e siècle ? Curieusement, au début du XIX e siècle, le bonheur et le plaisir, qui s’attachaient presque inséparablement au nom de Watteau au XVIII e siècle, se transforment considérablement. À côté des biographies et des poèmes, l’univers de Watteau apparaît aussi dans des romans, mais ce n’est plus sur un mode joyeux, et le monde dont il est question n’est plus parfait ou idyllique. Quelle est l’origine de cette nouvelle tendance ? Pourquoi ce mode de réception neuf est-il unanimement partagé par les écrivains ? Autour de l’année 1830, dans un des appartements de l’impasse du Doyenné à Paris, de jeunes écrivains, tels Gérard de Nerval ou Théophile Gautier, se mettent à réhabiliter le peintre. Ils transforment leur appartement, leur environnement, leur mode de vie pour imiter ce que l’on voit sur les tableaux du peintre. Avec les mots de l’historien de la littérature, Michel Brix : [...] on croirait volontiers que ce sont les personnages mêmes du [ Pèlerinage ] qui avaient emménagé au Doyenné : ces artistes, qui partageaient l’avantage radieux de la jeunesse, occupaient leurs journées et leurs soirées à parler d’art, à peindre, à écrire, à danser, à faire du théâtre et de la musique, ainsi qu’à organiser des fêtes et des bals. (2009, 254) Cette compagnie joyeuse a amené encore d’autres auteurs de l’époque à tisser soit le personnage de Watteau, soit son art dans leurs ouvrages. Mais de quelle façon parlent-ils de cet artiste redécouvert ?
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