AGAPES FRANCOPHONES 2019
Le réseau des « spectateurs » : Modes de comparaison _____________________________________________________________ 21 philologies nationales, axées généralement sur une langue spécifique. La relation entre les deux courants n’a pas toujours été au beau fixe, dans la mesure où les premiers se concentraient sur les formes littéraires et les genres tandis que les seconds entreprenaient plutôt des recherches sur la culture, l’histoire, voire la nation avec tout ce que cela impliquait d’enracinement local des textes analysés. Dans les pays germanophones, on trouve une orientation à tradition romantique, appelée la « philologie romane » qui, depuis le milieu du XIX e siècle, essayait de réunir les deux tendances d’interprétation, ce qui a parfois déclenché des conflits internes et a dressé des barrières heuristiques infranchissables. Le courant comparatiste se concentrait sur les questions de la comparaison formaliste, tout en réduisant généralement les œuvres des cultures romanes à des objets de recherche d’une discipline marquée par la tradition germanique de la « Weltliteratur »; le courant des philologies nationales romanes cherchait à s’inscrire dans une ou plusieurs traditions littéraires néolatines afin de mener à bien des analyses marquées par les questions de l’histoire, de la culture, etc. La relation culturelle entre l’observé et l’observateur a fréquemment joué un rôle non négligeable dans ce genre d’étude. Aujourd’hui nous trouvons des tendances plus ouvertes et complexes, ce qui est dû en particulier aux médias et aux nouvelles formes de communication. On le voit confirmé – entre autres – dans une revue fondée en 2009 par Linda et Annette Simonis ainsi que par Kirsten Dickhaut, dont le titre « Comparatio » renvoie à la dynamique actuelle. Les éditrices s’attachent à illustrer un concept littéraire ouvert à un espace transnational et translinguistique afin de rendre compte des réseaux communicationnels et de leurs phénomènes littéraires. Une autre revue allemande, la « Komparatistik online », éditée par Kirsten Kramer, Linda et Annette Simonis et Evi Zemanek existe depuis 2006, poursuivant les mêmes objectifs. Dans les discussions actuelles sur la complexité de la description du monde, nous trouvons le terme d’« intersectionnalité » qui reflète parfaitement l’adaptation du systémisme des années 1990 à notre époque dans la mesure où la dissection d’un champ d’observation spécifique dirige la disposition et les catégorisations de la comparaison 1 . 1 Cf . le titre du 40 e Colloque de la Gesellschaft für Kanadastudien à Grainau (Allemagne), qui a eu lieu du 14 au 17 février 2019 : Intersectionnalité : Théorie, Politiques, Pratiques . Cf. aussi les publications d’Olena Hankivsky et Chantal Maillé.
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