AGAPES FRANCOPHONES 2019
Ildikó SZILÁGYI Université de Debrecen, Hongrie _____________________________________________________________ 236 et complexe : elle se compose de vers libres, de vers réguliers, de versets, de poèmes en prose, de romans et de nouvelles, d’essais littéraires et musicaux. Ses premiers recueils datent des années 1960, mais ce n’est qu’à partir des années 1980 qu’il se tourne vers le système métrique traditionnel. C’est dans son recueil Hors les murs (1982) que l’usage du vers régulier (compté et rimé) s’impose pour la première fois. Suivant la présentation du poète lui-même : « L’ensemble s’ouvre et se clôt toutefois sur des pages de prose et quelques poèmes du début sont composés en vers blancs de quatorze syllabes dits « mâchés » (parce que leur diction effective ou mentale suppose l’élimination naturelle des e muets). » (Réda 2001, 111) Dans le terme de « vers mâché », inventé par Réda, « l’adjectif suggère moins l’image du ruminant que de l’amateur de tabac » (Rougé 2002, 64). Dans son recueil poético-théorique de 1985, intitulé Celle qui vient à pas légers , le « e » muet est déjà qualifié de « pure merveille » (Réda 1985, 69). Il doit être compté comme une syllabe, lorsqu’il est placé entre deux consonnes, et en fin de mot, lorsque le mot suivant commence par une consonne ou par un « h » aspiré. Selon Réda, « Le vrai vers de poème oblige à prononcer ce que le parler bouffe ou parfois exagère, c’est-à-dire l’E muet. Inexistant ou faible, ou facultatif et nomade dans le parlé, cet E muet me semble être en définitive le ressort du rythme poétique […] » (Réda 1985, 69). Les critiques ont souvent vu dans le retour de Réda au vers régulier […] un-oubli-de-la-modernité, et donc une régression par rapport à ses premiers recueils. Pourtant le vers mesuré reste pour Jacques Réda une contrainte éthique, un rempart contre la mélancolie et la nostalgie d’une enfance nourrie de cahiers calligraphiés. C’est enfin pour le musicien une affaire de tempo, de rythme intérieur, de démarche au sens physique et poétique. (Le Dimna 2003, 164) Le recueil Hors les murs se compose de 52 poèmes, organisés en quatre parties ( Le parallèle de Vaugirard, L’année à la périphérie, Ligne 323, Eaux et forêts ). Il présente les divers quartiers et les banlieues de Paris pour arriver à la nature (les parcs, les rivières, les bois, etc.). C’est une déambulation dans l’espace, mais aussi dans le temps. La marche et l’écriture sont indissociables. Réda mêle aux indications géographiques quelques termes métriques :
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