AGAPES FRANCOPHONES 2019
Le vers régulier français : avant et après la « crise de vers » _____________________________________________________________ 237 Dont le poème d’eau sans hiatus se ponctue Entre les boucles d’algue et leur deleatur. Loin en aval, l’ondée, ambulance statue, Enjambe tous les ponts rimant, vers le futur. Dans le recueil Lettre sur l’univers … (1991) Réda « versifie une authentique critique de la société contemporaine » (Favre 1994, 93) en dénonçant l’extension démesurée des villes aux dépens de la nature. Ce message est mis en vers avec une rigueur formelle, respectant les règles traditionnelles concernant le décompte syllabique et les rimes, avec néanmoins quelques écarts subtils au modèle classique. Le recueil intitulé L’adoption du système métrique. Poèmes 1999-2003 (publié en 2004) se termine par une sorte de postface où le poète explique « qu’au vrai c’est [le système métrique] qui nous adopte, quand on a perçu le rythme en acte dans la représentation verbale qu’il en fournit » (Réda 2004, 117). Mais au fond du désordre même il y a nombre, mètre, […] Ce rythme nous arpente, il tient nos souffles et nos pas. (« Adhésion au système métrique », 88) Le recours au vers régulier est souvent commenté par le poète dans le poème lui-même. Il est vu comme un usage vieilli, inadapté. Les fréquentes allusions « métapoétiques » présentent la désuétude de la forme traditionnelle comme « signifiante d’un deuil ou du moins d’une perte ». C’est dans ce sens que Stéphane Bacquey (2008) analyse les poèmes de Jacques Roubaud, Jude Stéfan et Bernard Noël, en parlant d’une « ironie tragique ». Les poètes de la post-modernité – de l’extrême contemporain – ont souvent « le sentiment d’avoir atteint quelque chose comme les limites du langage » (Maulpoix 1999), les conduisant « au jeu, souvent citationnel, avec le moule des formes vieilles » (Maulpoix 1999). 8. William Cliff : le vers régulier et la provocation Une attitude parodique, mais sans cette idée de deuil peut également soutenir la reprise des conventions traditionnelles. Le poète belge francophone William Cliff, de son vrai nom André Imberecht (né en 1940), se sert également du vers régulier et se réapproprie des formes poétiques anciennes dont essentiellement les sonnets et (en moindre
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