AGAPES FRANCOPHONES 2019
Andreea-Mădălina VOICU Lycée « Constantin Brâncoveanu », Horezu, Roumanie _____________________________________________________________ 270 De nos jours, le monde du travail est marqué par de profondes transformations : le travail à distance ou le cyber-travail, l’essor des entrepreneurs, les automatisations et les robots remplaçant les humains, le chef redéfini en leader, une égalité des sexes plus réclamée et plus visible sur le plan du travail, des droits et des obligations plus spécifiques et mieux adaptées aux droits de l’homme. Les œuvres qui composent notre corpus, Hilda (1999) de Marie NDiaye et Chanson douce (2016) de Leïla Slimani, situent leur histoire dans cette contemporanéité branchée et innovante, au sein de la démocratie française qui s’évertue de bien protéger le monde de l’emploi. Or, les écrivaines ne choisissent pas d’interroger les aspects positifs et modernes de cet univers. Ce qui les intéresse porte sur les différences de classe – encore bien présentes – et sur l’illustration d’un métier classique. La servante et la nourrice – parfois incarnées par une seule personne – font partie d’une catégorie d’employés de longue date. En littérature, leurs représentations remontent aux écrits de l’Antiquité grecque 3 . Ce type de personnage reste problématique : bien calé dans l’intimité de ses patrons, il n’appartient jamais vraiment à leur famille et à leur style de vie. Hilda de Marie NDiaye et Chanson douce de Leïla Slimani jouent sur cette relation ambigüe « selon un schéma de domination » (Rabaté 2008, 43) avec des conséquences néfastes. La pièce de théâtre de NDiaye retrace la réification progressive de l’héroïne éponyme. Hilda est toujours absente de la scène, permettant à son mari et à sa patronne au nom suggestif – Madame Lemarchand – de négocier sa vie et son corps de manière cruelle. Le roman de Slimani, quant à lui, livre l’histoire d’une nounou meurtrière, racontée de manière clinique. Les rapports de pouvoir ont beau être inversés, le problème reste le même : le désir d’autorité et la violence qui contaminent l’intimité du foyer. N’oublions pas que le cadrage spatio-temporel des deux œuvres littéraires est la société française contemporaine, où la démocratie, l’égalité et le respect devraient régner. Or, placer quelqu’un dans la maison d’une famille plus riche causera toujours des tensions plus 3 Cf. Sylvie Vilatte, « La nourrice grecque : une question d’histoire sociale et religieuse ». In: L’antiquité classique , Tome 60, 1991. p. 5-28. [En ligne] www.persee.fr/doc/antiq_0770-2817_1991_num_60_1_2303 (Consulté le 21 février 2019)
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