AGAPES FRANCOPHONES 2019
Andreea-Mădălina VOICU Lycée « Constantin Brâncoveanu », Horezu, Roumanie _____________________________________________________________ 272 femmes de service : « Aucune femme n’a jamais refusé de travailler pour nous. Cela ne se produira pas. […] Aussi je veux Hilda. » (H, 8). L’héroïne n’aura jamais un mot à dire concernant son embauche. Bien avant que le premier tableau finisse, Franck, le mari d’Hilda, confie à Madame Lemarchand : « Hilda sera chez vous demain » (H, 21). Le salaire et les conditions de paiement (pour la moitié des heures travaillées, c’est Franck qui recevra l’argent directement) suffisent pour que l’homme promette à la patronne bourgeoise les services de sa femme, sans l’en prévenir 6 . Les nombreuses indiscrétions hilares et inquiétantes de Madame Lemarchand qui veut savoir si Hilda est belle, si elle prend des antidépressifs, si elle est gaie avec ses enfants, ne semblent pas éveiller la suspicion de Franck. La parole de la patronne envahit la scène (ou les oreilles des auditeurs 7 ) de manière totalitaire. Madame Lemarchand veut « Hilda absolument » et Hilda lui « sera acquise absolument […] à ce tarif-là » (H, 22). Chanson douce commence par le dénouement glaçant : « Le bébé est mort. Il a suffi de quelques secondes. […] La petite, elle, était encore vivante quand les secours sont arrivés. » (CD, 13) C’est la bonne qui a tué les deux enfants qu’elle devait garder. Inspiré par l’histoire de Yoselin Ortega, une nounou qui a tué deux des trois enfants de ses employeurs en 2012, à New York, le roman de Slimani transpose ce fait divers dans la société française. Après le choc des premières lignes, la romancière reprend l’histoire, exposant avec habileté les fissures et les détails subtils qui mènent vers le meurtre. Paul et Myriam forment un couple aisé et ont deux enfants, Mila et Adam. Commençant à se sentir captive dans le rôle de femme au foyer, Myriam veut reprendre son travail dans un cabinet d’avocats. Son mari est réticent, mais il finit par accepter, tout en précisant clairement les conditions d’embauche : « Pas de sans-papiers, on est d’accord ? […] Je ne veux pas de quelqu’un qui aurait peur d’appeler la police ou d’aller à l’hôpital en cas de problème. Pour le reste, pas trop vieille, pas voilée et pas fumeuse. L’important c’est qu’elle soit vive et disponible. Qu’elle bosse pour qu’on puisse bosser. » (CD, 16). Le défilé des candidates, pour la plupart étrangères, est caricatural et quelque peu raciste. Il est 6 Il y a, donc, un double abus, car ni le mari ne semble plus soucieux des désirs de sa femme. En effet, la pièce dénonce également les inégalités homme-femme dans le foyer conjugal. 7 Hilda a été au début une pièce radiophonique.
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=