AGAPES FRANCOPHONES 2019

Andreea-Mădălina VOICU Lycée « Constantin Brâncoveanu », Horezu, Roumanie _____________________________________________________________ 274 (H, 47). Elle menace, tout en gardant le visage de l’humanité, elle se victimise pour justifier ses actions (« Sans Hilda, j’aurais peut- être déjà causé le plus grand tort à mes enfants, Franck », H, 67), elle offre des sommes d’argent en avance pour garder après Hilda à la force (« Pourquoi vous redonnerais-je Hilda avant qu’elle n’ait effectué le travail correspondant à la somme que je vous ai avancée et que vous avez déjà dilapidée ? », H, 61). En bref, Madame Lemarchand utilise toute une panoplie de ruses pour atteindre son but, sans atteindre pour autant le vrai bonheur. À la fin de la pièce, tout l’être d’Hilda s’est plié à la volonté de sa patronne, jusqu’à devenir une « bête folle et inutile » (H, 90). Comble du cynisme : Hilda n’est plus payée et Madame Lemarchand veut offrir ses services à la famille recomposée de Franck. Comme le remarque Dominique Rabaté, « [l’]économie triomphe, allant jusqu’au bout du processus capitaliste de dématérialisation des biens » (2008, 49). Si dans Hilda il est possible d’apercevoir dès le début les décalages comportementaux de la patronne, les pulsions criminelles de Louise, la nounou de Chanson douce , restent plutôt occultées au début du roman. Comme le remarque Tahar Ben Jelloun dans sa critique du livre, « c’est là que la force du roman surgit comme une évidence. Ce sont les gens apparemment normaux qui commettent des crimes atroces. Ce ne sont pas des personnes ayant le visage à l’envers avec un troisième œil ou des monstres qui ressemblent à des bêtes dangereuses » (2016 , § 4). En outre, l’analyse est plus détaillée : il ne s’agit pas d’une seule voix qui domine, la perspective est multiple, l’écrivaine prenant le temps de présenter le point de vue de chaque personnage et de multiplier les anachronies. Le résultat est un thriller captivant et troublant sur l’aliénation. Au début, « Louise suscite et comble les fantasmes de famille idéale que Myriam a honte de nourrir. » (CD, 38). L’employée s’arroge vite d’autres responsabilités, comme le ménage ou la cuisine : « [Louise] adorait observer le visage ravi des parents qui, en rentrant, constataient qu’ils avaient eu droit à une femme de ménage gratuite en plus de la baby-sitter. » (CD, 60). Ce faisant, elle se montre aussi résolue que Madame Lemarchand. Ce n’est pas elle qui se plie aux règles de ses patrons, c’est elle qui impose « ses manières désuètes, son goût pour la perfection » (CD, 38). Peu à peu, « Louise excelle à devenir à la fois invisible et indispensable. Myriam ne l’appelle plus pour prévenir de ses retards et Mila ne demande plus quand rentrera maman. Louise est

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