AGAPES FRANCOPHONES 2019
Andreea-Mădălina VOICU Lycée « Constantin Brâncoveanu », Horezu, Roumanie _____________________________________________________________ 276 L’aliénation et l’artificialité des relations avec leurs employeurs rendent Hilda passive et Louise active et assassine. Des vies brisées, des liens toxiques, des jeux de pouvoir : voilà à quoi peut se résumer le drame au foyer. Et pourtant, les implications sont beaucoup plus larges. 2. Le monde réel et la fiction Les deux œuvres ébauchent, à l’arrière-plan de la narration, les contours d’un univers qui résonne avec la réalité. Les types de personnages sont facilement reconnaissables : la bonne, la bourgeoise provinciale qui s’ennuie, le couple bobo parisien, la sœur débrouillarde, les voisins polis et réservés, les bandes de nounous ou bien encore les parents désireux de perfection. Et puis, les faits divers des journaux sont remplis de cas d’employeurs abusifs ou d’employés meurtriers. Le problème des migrants, sous- jacent dans chaque texte, est également d’actualité, tout comme l’émancipation des mères, l’inégalité dans le couple ou la lutte des classes. Par ailleurs, Leïla Slimani avoue : [L]a question de la lutte des classes est très présente dans le livre. Ce couple, un peu bobo, va pour la première fois confronter ses valeurs de tolérance, d’ouverture, etc. avec la réalité. Ce sont des gens qui ne vivent pas la mixité sociale et qui n’ont pas l’habitude de la hiérarchie. Pour la première fois de leur vie, ils deviennent patrons et la misère rentre chez eux. C’est évidemment à l’origine des frictions terribles. (HuffPost Maroc 2016, § 12) Les auteures semblent dresser une critique dure du monde contemporain, de cette France située à l’avant-garde du progrès en Europe, mais qui piétine toujours dans des questions telles que le racisme, l’égalité des genres, l’équité sociale. Le miroir tendu au lecteur offre un reflet troublant, puisque ni même les relations les plus proches ne sont plus sécurisantes. La famille est loin d’offrir un cadre propice au bien-être, la société est loin de soupçonner les failles présentes dans les foyers, les abus qu’un emploi de bonne peut engendrer. Quand même, assimiler la littérature au réel, au journalisme ou aux études sociologiques ne signifierait-il pas généraliser son contenu, stéréotyper ses sujets, limiter sa richesse ? Comparant Les Bonnes de Genet et Hilda de Marie NDiaye, Marion Geiger remarque :
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