AGAPES FRANCOPHONES 2019
Jean-Jacques BRIU Université Paris Nanterre, France _____________________________________________________________ 284 « Quand je me regarde, je m’inquiète. Quand je me compare, je me rassure » ? Vraisemblablement qu’un jugement porté sur un seul objet n’a pas de limites et génère alors de l’inquiétude, tandis qu’un jugement prononcé sur un ensemble de plusieurs objets trouve la limite rassurante de cet ensemble – même si le comparé reste ici implicite. Les grammaires françaises (mais aussi allemandes, anglaises ou italiennes) accordent peu de place au phénomène de la comparaison. Il n’y a pas pour autant d’unité dans sa description. Le principal intérêt porte, en effet, sur la morphologie du « comparatif » des Adjectifs / Adverbes ou sur les « subordonnées comparatives » ; Napoléon Landais (1833) intègre la comparaison à la définition du jugement et de la métaphore avant d’analyser la comparaison des « degrés de signification » dans les Adjectifs ; ce sont en tout et pour tout 2 pages sur 610. Grévisse classe les subordonnées comparatives parmi les circonstancielles, auxquelles il accorde 34 pages contre 12 au comparatif ; Quirk dans ses 1100 pages traite des comparatifs en 10 pages dispersées. Cependant, il y a une quasi unanimité dans les grammaires sur l’existence de trois relations entre deux grandeurs et de trois structures pour les représenter ; c’est un bel exemple du parallélisme logico- grammatical de Serrus (1933). Rivara (1990) signale qu’on oublie les « quantificateurs » nominaux comme : beaucoup de bruit, peu de gens , ou adverbiaux, par ex. : Il travaille beaucoup / peu ; de là on aurait deux relations de supériorité et d’égalité : plus – autant et : moins – aussi peu (18), conduisant à une sémantique scalaire. En logique, on définit la comparaison comme une opération intellectuelle qui consiste à mettre en parallèle plusieurs éléments de deux réalités, afin d’en saisir les ressemblances, les différences, les correspond ances, les affinités. Cette définition large correspond tout aussi bien à des critères généraux d’analyse comparative. Du côté de la rhétorique, enfin, on donne ces deux définitions sémantiques : a) la comparaison est une mise en relation directe et explicite, marquée par un terme « comparatif », de deux réalités de sens différents, mais partageant une ou des similitudes ; b) la comparaison est le rapprochement d’au moins deux objets dissemblables, mais qui présentent une certaine analogie. Dans ces deux définitions, on n’attribue aucune autre fonction à la comparaison, par ex. elle ne vise pas à rapprocher l’objet A de l’objet C pour pouvoir définir A.
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