AGAPES FRANCOPHONES 2019
Manar EL KAK Sorbonne Université, France _____________________________________________________________ 300 Ainsi, malgré l’adoption d’une même traduction dans les deux premières versions, l’homogénéité d’interprétation est loin d’être atteinte puisqu’elles proposent « al-mar ʾ -u », alors que la troisième fait usage du ma ṣ dar 10 du verbe « attendre » « inti ẓ ār » (attente) qui remplace le groupe on + verbe, auquel est venu s’attacher un pronom affixe objet pour marquer le possessif renvoyant à la 1 re personne « inti ẓ ār-ī » (mon attente) ; ce qui peut suggérer que on ne peut avoir ni le même sens ni la même valeur que ceux qu’il possède d’habitude. En effet, on ne renvoie pas à un être particulier, ni dans le contexte linguistique, ni dans le contexte extralinguistique, mais plutôt à une personne indéterminée dont l’identité ne peut pas être connue et, par conséquent, il représente un type humain, car il est inconcevable de dire : * j’attendis ma sentence comme j’attends la délivrance et la vie, mais plutôt : comme un homme qui, comme quelqu’un qui (…). D’autant plus que, dans cet exemple, il est question d’un prisonnier ou d’une personne, voire de quelqu’un quel qu’il soit se trouvant dans une situation précise et censé agir d’une certaine manière. L’indétermination possède alors un sens de non-identification représentée par quelqu’un . C’est ainsi que le pronom on ne peut ni avoir une valeur générique, ni renvoyer à toute la classe des êtres humains, car, associé à comme , il porte le signe de l’unité indéterminée. Par conséquent, on n’a pas de portée générale, contrairement à ce que veut la littérature sur ce pronom, puisqu’il s’agit d’une situation particulière. Il possède alors la valeur de quelqu’un non-identifié qui se trouve dans une situation précise, ce qui réduit à l’unicité le champ de l’interprétation universelle ou générique. Ainsi, avec cette valeur, l’identification de ce quelqu’un importe peu, car la situation dans sa totalité constitue le modus d’une analogie entre situations. En effet, dans ce type de ressemblance, la comparaison opère entre deux états de choses : celui décrit par la matrice ( j’attendis ma sentence ) est identifié qualitativement à celui décrit par la subordonnée ; par conséquent, comme ne qualifie pas la ‘manière d’attendre’ mais le ‘fait d’attendre’. Par ailleurs, la structure prototypique dans (10) pourrait confirmer cette valeur représentée par quelqu’un, explicitée ici par 10 En arabe, le ma ṣ dar se traduit par un verbe à l’infinitif, c’est un nom d’action auquel peut s’ajouter un pronom suffixe pouvant renvoyer à la 1 re , la 2 e ou à la 3 e personne pour marquer le possessif.
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