AGAPES FRANCOPHONES 2019
Manar EL KAK Sorbonne Université, France _____________________________________________________________ 304 deux remarques : d’abord, le marqueur comme indique, même lorsque Q constitue un commentaire co-énonciatif de P , qu’il y a une identité temporelle dans le processus d’énonciation. Cette identité apparaît en raison de la présence d’un pronom anaphorique qui, dans la majorité des cas, et malgré un léger décalage temporel entre la matrice et la subordonnée, constitue un commentaire instantané de l’énoncé sans être pris en charge dans P ; d’où la deuxième remarque qui se rattache plutôt à la personne qui prend en charge l’énoncé Q contenant on, ce qui nous oriente à nouveau vers la valeur de ce pronom. Valeur de on : pronom « intra-verbal » Par sa contrainte syntaxique de sujet, on entre dans une relation étroite avec son verbe et devient un pronom « intra-verbal 12 ». Ce rapport étroit oriente alors vers le sémantisme du verbe qui peut indiquer, parmi les multiples valeurs de 3 e personne assurées par on , celle qui sera la plus pertinente. En principe, un pronom de 3 e personne est soit singulier soit pluriel, contrairement à on , qui, lui, peut dénoter une pluralité (indéfinie ou indéterminée ; externe ou interne) ainsi qu’une collectivité en fonction du verbe, tout en gardant l’accord syntaxique au singulier imposé à ce dernier. Or, pour distinguer entre singulier et pluriel, plusieurs critères interviennent : (1) la présence des verbes tels dire, nommer, appeler, croire , etc. peut indiquer une pluralité interne ( tout le monde ) ; (2) la présence d’un pronom complément d’objet renvoyant à la 1 re ou à la 2 e personne peut suggérer que on renvoie à une 3 e personne (selon la règle de « saturation morphosyntaxique » de Blanche-Benveniste, 1987), mais reste à déterminer s’il est question d’une individuation ( quelqu’un ) ou d’une totalité collective ( ils ) ; enfin (3) la présence d’un locatif spatial ou temporel indique plutôt une pluralité indéterminée ( les gens ). Sans entrer dans le débat autour du statut de on (pronom personnel ? pronom indéfini ?) qui a longtemps divisé les linguistes (Atlani, 1984 ; Lagane, 1963 ; Muller, 1979 ; Schapira, 2006 ; Pinchon, 1963), dont la réponse n’a pas encore été tranchée, les arguments en faveur de l’un ou de l’autre statut ne manquent pas. 12 Un pronom « intra-verbal » est un pronom incapable de sortir de la fonction syntaxique de sujet, comme les pronoms personnels « je, tu, il, ils », selon la terminologie de Gustave Guillaume, reprise dans El Kak (2018, 149-150).
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