AGAPES FRANCOPHONES 2019
Le réseau des « spectateurs » : Modes de comparaison _____________________________________________________________ 31 Au début de l’introduction italienne, le compositeur reste sur la même ligne d’argumentation, dans la mesure où il calque son style sur celui du Spectateur . Mais on se rend vite compte qu’il est animé d’une volonté de liberté en ce qui concerne le choix de ses textes ainsi que leur réécriture. Il y défend le caractère adaptatif de son écriture, introduisant toutes sortes de modifications pour accommoder ses textes aux goûts et aux sensibilités de ses contemporains vénitiens. Les unités textuelles de la source subissent de nouveau un changement générique, car dorénavant elles ne seront plus des « discours », mais des « leçons », ce qui leur confère un plus haut degré de didactisme par rapport à leur source francophone. Il ne faut pas oublier que la méthode de l’adaptation fait partie de ce genre dès la première heure, puisque les éditeurs travaillent les lettres de leurs lecteurs de la même façon adaptative. Un des motifs de ces méthodes pourrait être cherché dans la « pubblica utilità ». Curieusement, l’introduction ne porte pas la signature de Cesare Frasponi, comme on pourrait s’y attendre, mais seulement N.N. Quant à la version espagnole, nous nous trouvons devant un calque de son prédécesseur italien, bien que, à première vue, le titre semble indiquer un lien direct avec Le Spectateur : El Filósofo a la Moda o el Maestro universal. Obra periódica que se distribuye al público los lunes y los jueves de cada semana. Sacada de la obra francesa intitulada Le Spectateur ou Socrate moderne . Même si le titre suggère que le texte aurait été tiré de la source francophone, l’œuvre semble contredire cette référence. En effet, dans l’introduction, l’auteur explique la genèse du texte, où le Philosophe italien joue un rôle crucial, et la facture de l’œuvre entière confirme cette assertion. Le compilateur espagnol semble tellement éloigné du prototype anglais qu’on ne trouve pas une seule référence à ce texte. L’œuvre de Frasponi (t. I, p. 3-4), liée à la source francophone, reste donc l’autorité principale. Un profond malentendu caractérise l’introduction espagnole. L’auteur semble ne pas connaître l’histoire éditoriale du Spectator . Ce n’est peut-être pas une véritable surprise non plus dans la mesure où nous approchons de la fin du siècle et que, depuis longtemps, la mode spectatoriale a perdu de son prestige. Rappelons que l’Espagne avait mis très longtemps à développer ses « espectadores », et que El Censor avait publié ses derniers numéros en 1788. Quant au prototype anglais, il avait entièrement disparu de la scène.
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