AGAPES FRANCOPHONES 2019
Comparaisons roumaines en ca [comme] : degrés de figement et valeurs stylistiques _____________________________________________________________ 331 Paul e urât ca dracul. [Paul est laid comme le diable 4 ] Paul (comparé) est laid comme (marqueur) diable-le (comparant) Les structures comparatives en comme ont fait l’objet d’études menées par des linguistes français qui se sont intéressés aux constructions phrastiques et aux figements (Pierrard & Léard 2004, Fournier & Fuchs 2007, Fuchs & Le Goffic 2008, Langue française 159/ 2008, Fuchs & Guimier 2011), alors qu’en roumain les ouvrages portant sur les comparaisons figées en ca sont moins nombreux. Dans cet article, nous nous arrêtons sur les comparaisons roumaines en ca [comme], de nature phraséologique, puisées dans le Dictionnaire phraséologique français-roumain et roumain- français d’Elena Gorunescu (1981) pour analyser leur degré de figement 5 et leurs valeurs stylistiques. En continuation de notre étude Structures adverbiales comparatives figées (2012), nous avançons l’hypothèse que les collocations, en tant que constructions hybrides 6 , présentent un degré de figement 7 plus faible que les locutions et les expressions idiomatiques. Nous nous appuyons ici sur l’application de tests syntaxiques (transformations, ajouts, déplacement des mots dans le cadre de la construction) et sémantiques (transparence du sens des éléments qui entrent dans la formation de la comparaison, synonymie paradigmatique). La méthode du lexique-grammaire nous a semblé convenir le mieux à notre analyse, étant donné que le lexique est intimement lié à la syntaxe et que l’étude conjointe de ces deux composantes du langage nous donnent la possibilité de dégager « des régularités du lexique à force de passer les entrées lexicales au tamis de la syntaxe » (Lamiroy 1998 b, 10 citée par De Gioia, 16). 4 Trad. équiv. Paul est moche comme un pou. 5 La notion de figement est très complexe, elle enregistre plusieurs acceptions qui relèvent de plusieurs dimensions, dont les dimensions lexicale, morpho-syntaxique, sémantique et discursive, qui nous semblent être les plus importantes. Elle est envisagée en étroite relation avec la stéréotypie, les propriétés syntaxiques des unités concernées étant plus restreintes que celles des formes libres. 6 Salah Mejri (2011, 93) estime que les collocations tendent vers le statut d’unités lexicales et que leur hybridité rend compte de leur position intermédiaire entre «liberté et figement, langue et discours, règles et variations stylistiques». 7 Il a été établi en fonction de critères syntaxiques et sémantiques (voir Gaston Gross 1989, 1996, Maurice Gross 1990, Salah Mejri 1997, 2006, 2011) que nous utilisons également dans notre démarche.
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