AGAPES FRANCOPHONES 2019
Georgiana I. BADEA Université de l’Ouest de Timisoara/Roumanie ; Université de Brasilia/Brésil _____________________________________________________________ 386 erreurs ou des solutions de traduction inventoriées, ils s’appuient tous, dans leurs démarches, sur la comparaison. Dans les Hexaples , Origène juxtapose cinq traductions (la sixième est une translittération) de l’ Ancien Testament faites au III e et au II e siècles av. J.-C., et implicitement, son exégèse est fondée sur la comparaison historique qui lui fournit les éléments d’une critique de la traduction biblique. Dans sa Lettre à Pammaque 1 renouant avec la tradition argumentative romaine que son maître Cicéron avait exposé dans l’ Orateur , Jérôme compare deux manières de traduire le texte biblique et tout texte non-biblique pour répondre aux reproches formulés à l’encontre de sa manière de traduire. Développant la théorie des signes d’Aristote et conformément aux attentes ecclésiastiques, dans De doctrina christiana , Augustin compare les signes pour se centrer sur la traduction de la Bible que Jérôme effectue de l’hébreu et du grec et d’autres versions. Martin Luther, Etienne Dolet, John Dryden scrutent les manières de traduire, de bien traduire dans une langue ; Goethe confronte les langues et les traductions. Et ainsi de suite. Forme attestant une proto-traductologie centrée sur la comparaison, l’histoire (directe et indirecte) de la traduction, tout comme l’historiographie du domaine, valorise une critique de traduction(s) et traducteurs s’en prenant aussi bien aux érudits et aux écrivains réputés qu’aux traducteurs mineurs. En traductologie roumaine et en histoire de la traduction en roumain, les langues intermédiaires et la comparaison des discours traductifs et métatraductifs constituent le ferment d’une analyse encore plus féconde lorsque le décalage temporel entre les traductions comparées s’étend sur des siècles (Lungu-Badea 2011, 2015a, 2015b, Badea 2019). Lire et traduire, réécrire et, parfois, plagier pour parvenir à créer une littérature 1 “Transtuli nuper Job in linguam nostram: cujus exemplar a sancta Marcella consobrina tua poteris mutuari. Lege eumdem Graecum et Latinum; et veterem Editionem nostrae Translationi compara: et liquido pervidebis quantum distet inter veritatem, et mendacium. Miseram quaedam τω̃ν ύπομνημάτων in Prophetas duodecim sancto patri Domnioni, Samuelem quoque et Malachim, id est, quatuor Regum libros. Quae si legere volueris, probabis quantae difficultatis sit divinam Scripturam, et maxime Prophetas intelligere: et Interpretum vitio quae apud suos purissimo cursu orationis labuntur, apud nos scatere vitiis. Porro eloquentiam quam pro Christo in Cicerone contemnis, in parvulis ne requiras.” (Jérôme, Epistola XLIX ad Pammachium , Sur la traduction du Livre de Job).
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