AGAPES FRANCOPHONES 2019
Georgiana I. BADEA Université de l’Ouest de Timisoara/Roumanie ; Université de Brasilia/Brésil _____________________________________________________________ 388 sorte de langue étrangère » (Kogălniceanu 1840), imitations maladroites des modèles allogènes, notamment français. Moyen transnational/international de faire passer une langue-culture dans une autre langue-culture, la traduction en roumain de la littérature française a permis la naissance de la littérature roumaine et a implicitement œuvré à l’éclosion de la culture nationale dans laquelle la littérature des traductions est devenue un repère, une référence, parfois même un canon. La littérature traduite et les traductions, les idéologies apparemment contradictoires du « monolinguisme » et du « multilinguisme » roumains ont joué un rôle-pivot influant le canon de lecture de l’époque et, par cela, la réception de la littérature. Agissant sur la langue des traductions, les formes de bilinguisme territorial coprésentes ont définitivement agi sur la langue roumaine utilisée en Moldavie, Valachie ou Transylvanie. De ce fait, les recherches menées en histoire de la traduction se fixent des jalons différents selon l’objet établi: 1) la traduction comme acte ; 2) la traduction comme résultat (texte traduit = texte cible = traduction), 3) les acteurs de la traduction (partiellement recensés dans des répertoires et/ou indirectement ordonnés dans des dictionnaires et répertoires des œuvres traduites). En examinant comparativement le paradigme de lecture et le paradigme de traduction, on a pu constater que les tendances traductives, héritées des siècles antérieurs, sont encore actuellement coprésentes dans un et même texte : la réduction, l’appropriation, l’imitation plagiaire ou non – une créativité réactive qui ne produit une révolution que grâce au numérique qui transforme fondamentalement la pratique traductive, gommant certains traits de l’ancienne profession de traducteur –, à laquelle d’autres s’ajoutent pour métamorphoser le traducteur en (de plus en plus souvent) post-éditeur des textes obtenus par traduction automatique (différents logiciels et, donc, différentes « qualités » des traductions !). Les recherches en histoire directe et indirecte de la traduction (Rădulescu, 1837, Kogălniceanu, Bariţiu, 1855, Ibrăileanu 1908, Cosco 1934, Iorga 1909, 1936, Mănucă 1959, Oprescu 1968, Cornea, 1974, Ursu 1999 et bien d’autres) servent principalement à révéler le rôle que la traduction a joué dans l’autodétermination linguistique et administrative et, par cela, dans la construction de la nation et de la Roumanie moderne, comme État nation. De Dacia felix , colonisée par les Romains, aux invasions successives des Gohts, Huns, Avars,
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