AGAPES FRANCOPHONES 2019

Le comparatiste et l’historien. Lire, traduire et (ré)écrire une histoire de la traduction _____________________________________________________________ 389 Slaves, Bulgares, Ottomans, à la domination des Austro-Hongrois, en passant par des réformes et courants qui réclamaient la reconnaissance de son origine latine – latinisation en Transylvanie, au XVIII e siècle, romanisation en Valachie et en Moldavie, au XIX e siècle –, à la renaissance de l’hellénisme et au Printemps des Peuples (1848), tout est couronné, d’abord, pas l’union de la Moldavie et de la Valachie en 1859 et par l’adoption officielle de l’alphabet latin en 1860/1861, ensuite par l’indépendance de l’Etat en 1878 qui s’érige en royaume en 1881 et, enfin, par les normes stylistiques du roumain comme langue nationale que l’Académie roumaine établit en 1880 4. Cette énumération des occupations permet d’observer la variété des langues qui ont été parlées sur le territoire de la Roumanie actuelle, et, de la sorte, de mieux comprendre l’usage des alphabets que le roumain a successivement utilisés : cyrillique, de transition, et latin. Au commencement était la co-présence des langues et des alphabets dans la langue roumaine. (Une Babel revisitée !). Progressivement, la recherche en histoire et en historiographie de la traduction roumaine se développe et comprend plusieurs approches historiques, outre les recherches en histoire indirecte qui mettent également à profit les résultats validés par les histoires de la langue et de la littérature roumaines. La manière dont la traduction a influé sur la formation de la langue roumaine littéraire, sur la création de la littérature roumaine a déjà fait l’objet d’étude des historiens de la langue roumaine qui ont relevé son impact sur la compréhension et la détermination de différents phénomènes historiques. Ces historiens sont les premiers à examiner les traductions en roumain, la langue des traductions (qui n’est pas le roumain, selon Kogălniceanu, Bariţiu ou Maiorescu, mais une langue altérée par le français, l’italien ou l’allemand), et c’est ainsi que l’historiographie du roumain s’est constituée. Incontestablement, l’approche des historiens de la langue a facilité la tâche des historiens/historiographes de la traduction, leur permettant de situer et de (re-) mettre en contexte la nécessité d’une traduction intralinguistique et d’une indispensable translittération du cyrillique et de l’alphabet de transition en alphabet latin 5. 4 Nous avons souligné ailleurs (2011, 2015a, 2015b, 2019) qu’à l’instar de toute histoire de la traduction, l’histoire de la traduction en roumain ne pourrait pas être séparée de l’histoire du pays ni de l’histoire de la langue. 5 Le site Tiparituri vechi a mis en ligne la translittération des textes et documents écrits en alphabets cyrillique ou de transition.

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