AGAPES FRANCOPHONES 2019
Georgiana I. BADEA Université de l’Ouest de Timisoara/Roumanie ; Université de Brasilia/Brésil _____________________________________________________________ 390 Les historiens de la langue roumaine ont indirectement esquissé l’histoire de la traduction et, en lisant de manière détournée, on pourrait dire qu’ils avaient écrit une histoire de la langue roumaine comme histoire de la traduction en roumain. Au XIX e siècle, nombre de lettrés roumains, historiens, grammairiens et traducteurs, envisageaient la traduction comme un instrument servant à enrichir la langue roumaine et, ensuite, à contribuer à sa normalisation (voir, par exemple, Rădulescu [1828]1980, XXVII- XXVIII). Ils y entrevoyaient, sous l’influence du nationalisme européen, un moyen de contribuer à l’affirmation de la nation roumaine. À l’instar des historiens de la langue roumaine, les chercheurs qui s’intéressent à l’étude historique de la traduction, de la terminologie, soulignent tantôt implicitement, tantôt explicitement l’appétence du roumain, une langue encore jeune au XIX e siècle, pour la création authentique, son ardeur d’emboîter le pas des grandes cultures (Cosco 1934 ; Iorga 1936 ; Camariano 1946 ; Nicolescu 1958 ; Anghelescu 1974 ; Barbu 1987 ; Ursu 1994 ; Munteanu 1995 ; Lenz 2011) et d’affirmer, enfin, son autonomie de création et son originalité (Lungu Badea 2008, 2015a). Les histoires de la langue et de la littérature roumaines, les monographies et les analyses philologiques des textes traduits (Moraru 1996 ; Anghelescu 1974 ; Isar 2003 ; Ursu 1999) établissent la filiation des idées, attestent l’adhésion des traducteurs, mettent en évidence la complémentarité des approches, restaurent le rapport entre les aspirations et les intérêts politiques, nationaux et administratifs, d’une part, et les idéaux linguistiques et littéraires, d’autre part. Parfois conflictuels, les idéaux linguistiques, certainement complémentaires, ont servi « l’ambition d’organiser le gouvernement afin d’obtenir l’autodétermination politique et administrative, et le désir de forger un seul et unique instrument de communication pour parvenir à l’autodétermination linguistique » (Lungu-Badea 2011, 42-43). Ils ont également constitué les axes principaux des actions qu’ont menées les hommes politiques, les historiens et les écrivains du XIX e siècle, tels que Gh. Asachi, I. Heliade Rădulescu, Alecu Russo, George Bariţiu, Titu Maiorescu. Dans tous les domaines, les recherches en histoire générale, nationale ou comparée connaissent un essor sans précédent, par conséquent, ni l’histoire de la traduction ni son historiographie ne sauraient manquer à l’appel, ce qui fait qu’elles se trouvent dans la
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