AGAPES FRANCOPHONES 2019

Catherine FUCHS Université Sorbonne Nouvelle -Paris 3, Sorbonne Paris Cité _____________________________________________________________ 46 La comparaison valuative (qui exprime une évaluation qualitative portant sur les deux termes comparés) a pour particularité de recourir, dans la plupart des cas, à un schéma paraissant calqué sur celui de la comparaison quantitative d’inégalité. Un énoncé comme Un bon croquis vaut mieux qu’un long discours semble, à première vue, construit de la même façon que Pierre travaille mieux que Paul : les deux comportent en effet un comparé nominal ( un bon croquis, Pierre ), un verbe ( vaut, travaille ), un adverbe portant sur le verbe ( mieux ), un marqueur du standard ( que ) et un standard nominal ( un long discours, Paul ). Pourtant, à y regarder de près, il s’avère que les deux fonctionnent différemment. 3.1. La prévalence : valoir mieux Dans la comparaison quantitative d’inégalité, l’adverbe mieux amalgame deux éléments : on peut le décomposer en plus (adverbe de degré constituant le marqueur du paramètre et indiquant l’inégalité quantitative) et bien (adverbe de manière correspondant au paramètre et portant sur travaille ). L’énoncé pourrait se gloser ainsi : « Pierre travaille mieux (= plus bien) que Paul (ne travaille bien) » ; c’est donc la quantité de « travailler bien » (c’est-à-dire la quantité de la « qualité de travail ») de chacun des deux hommes qui se trouve mesurée. Cette analyse ne s’applique pas dans le cas de la comparaison valuative, où l’adverbe mieux fonctionne comme un bloc figé indécomposable. Plusieurs tests le montrent. Premièrement, le test de la variation de degré. Dans la comparaison quantitative, on peut faire varier le degré sur le paramètre et dire Pierre travaille moins bien (ou aussi bien ) quePaul , alors que dans la comparaison valuative, ce n’est pas possible : on ne peut pas dire * Un bon croquis vaut moins bien (ou aussi bien ) qu’un long discours . Deuxièmement, le test de la négation. Dans la comparaison quantitative, la négation revient à inverser la relation d’inégalité : Pierre ne travaille pas mieux que Paul signifie « Pierre travaille (au mieux) aussi bien que Paul et (sans doute plutôt) moins bien que lui ». Ce n’est pas le cas de la comparaison valuative : Un bon croquis ne vaut pas mieux qu’un long discours signifie « Un bon croquis n’a guère de valeur, et un long discours non plus ». Et enfin le test de la question. La comparaison quantitative peut constituer une réponse à une

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