AGAPES FRANCOPHONES 2019

Catherine FUCHS Université Sorbonne Nouvelle -Paris 3, Sorbonne Paris Cité _____________________________________________________________ 48 mieux mes enfants en les grondant qu’en les laissant tout casser = « j’aime mieux mes enfants en les grondant que (je ne les aime bien) en les laissant tout casser » (où il s’agit de mesurer la quantité du paramètre « aimer bien », c’est-à-dire la quantité de la « qualité d’amour »), ni à celui de J’aime plus mes enfants que mon frère « j’aime plus mes enfants que (je n’aime) mon frère » (où il est question de mesurer la quantité d’« amour »). Si le schéma de la préférence en aimer mieux que… rappelle, lui aussi, celui de la comparaison quantitative d’inégalité (tout en s’en distinguant), le cas de la préférence exprimée à l’aide du verbe préférer s’avère plus complexe encore. D’une part, l’identification d’un paramètre devient problématique, en l’absence d’un adverbe de degré : on ne peut pas gloser Je préfère un bon croquis (plutôt) qu’un long discours par « Je préfère un bon croquis plutôt que (je ne préfère) un long discours ». Il n’y a ici ni paramètre ni marqueur du paramètre. Préférer A (plutôt) que B , c’est littéralement « mettre en avant A par rapport à B, placer A devant B » : la préférence revient à ordonner les deux comparandes (dans une sorte d’espace mental). D’autre part, deux types de schémas sont utilisés, selon les cas. Lorsque les deux comparandes renvoient à deux situations (verbes à l’infinitif), on retrouve le schéma classique en que… : Je préfère marcher (plutôt) que (de) rester assise . Lorsque les deux comparandes désignent deux entités (nominales), c’est un schéma localisant en à qui est retenu : Je préfère le thé au café , sauf à recourir au marqueur plutôt, qui exprime une « alternative résolue », selon les termes de (Noailly, 2004) – auquel cas on retrouve le schéma subordonnant en que : Je préfère le thé plutôt que le café. 3.3. Effets de sens en discours Selon le type de connotation (positive ou négative) associée, dans l’esprit du sujet évaluateur, à chacun des deux comparandes, la comparaison valuative donne lieu en discours à des effets de sens différents. Si les deux comparandes sont orientés de façon opposée (A positivement et B négativement), l’effet est de type « valuation exclusive » : A a de la valeur , B n’en a pas. Si l’on dit Je me tais, ça vaudra mieux , cela signifie « me taire (= comparé) vaudra mieux (que parler = standard) » ; des deux situations confrontées, qui s’excluent mutuellement, seule la première (« me taire ») a de la

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