AGAPES FRANCOPHONES 2019

Le récit de voyage, instrument de comparaison ? _____________________________________________________________ 53 En ce qui concerne les cadres chronologiques de mon investigation, ils se situeront entre les XVII e et XIX e siècles, cet intervalle constituant la période que concernent nos recherches depuis plus de vingt ans. Par une heureuse coïncidence, d’après les constatations faites par Alain Guyot (2012), cette période donne aussi lieu à une transformation majeure dans l’utilisation des figures d’analogie dans les récits de voyage. Entre elles, la comparaison, figure de similarité privilégiée par le discours viatique. Nous nous sommes conscient de ce que notre approche n’est pas celle de tout le monde. Pour certains, elle pourrait même paraître hors du sujet. Nous prions donc le lecteur de prendre nos propos pour ce qu’ils sont : l’expression d’une quête intellectuelle menée pour découvrir ou, plutôt, pour recenser les usages et les perspectives de la comparaison, conçue dans le sens le plus large du terme, en littérature de voyages. 1. Les débuts de la comparaison en littérature des voyages – les collections de voyages Si l’on étudie les premiers siècles de l’histoire des voyages modernes (Bourguet, 1997, 1092-1095), on se rend vite compte d’un manque de principe organisateur entre la fin du XV e siècle et le début du XVII e siècle. Ceci est vrai même si l’on reconnaît que la diversification des itinéraires (notamment avec les découvertes géographiques) et la multiplication des récits ont appelé très tôt en aide la réflexion théorique. Néanmoins, du fait du caractère dispersé de la production, malgré quelques tentatives de systématisation « philosophiques », à l’instar du récit de Jean de Léry (1578) 2 , les règles d’écriture et de représentation restèrent floues ou n’existaient pas du tout. La majeure partie des auteurs étant des soldats-navigateurs ou des missionnaires pour les voyages d’outre-mer et des diplomates ou marchands en Europe, le récit était principalement destiné à prouver l’exécution du voyage 2 Contrairement à ses prédécesseurs et contemporains, Léry décrit non seulement les événements du voyage, mais aussi le pays qu’il a vu, avec sa flore, sa faune, les hommes, les habitudes et les coutumes. Le fait d’organiser sa description et de ne pas emprunter aux relations des autres, l’oppose clairement à la vogue de l’époque consistant à reproduire sans scrupules les propos d’autrui pour « authentifier » le texte, quitte à rendre celui-ci complètement mensonger.

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