AGAPES FRANCOPHONES 2019

Le récit de voyage, instrument de comparaison ? _____________________________________________________________ 57 d’autorité) : « Rien ne contribue tant à faire des découvertes curieuses que la lecture des meilleures relations du lieu où l’on passe. » (Baudelot de Dairval, 697-698). Il paraît pourtant que le XVII e siècle ne disposait pas encore, du moins en France, d’outils intellectuels (philosophiques et scientifiques) aptes à régler le cours du voyage et, surtout, sa relation et son interprétation. Les propos de Baudelot de Dairval sont restés sans écho. Il faut ainsi attendre le dernier tiers du XVIII e siècle pour constater la création des méthodes du voyage d’une certaine envergure, initiatrices de la « vraie » réflexion théorique sur le voyages, et qui vont aussi contribuer à la naissance de nouveaux types de discours. Le motif ? Soucieuses d’organiser la connaissance humaine, les Lumières mettent le récit de voyage, considéré de plus en plus comme ouvrage de savoir, au cœur de la lutte d’aborder la connaissance soit par la mesure du monde, soit par son interprétation. Cette lutte engendrera les réflexions et propositions que nous exposons brièvement dans ce qui suit. 2.a. La méthode et le discours philosophiques La première, la plus connue et, peut-être, la plus importante de ces méthodes est élaborée par Diderot et esquissée dans son Voyage en Hollande (Wolfzettel, 266-276). Ce texte, rédigé en plusieurs étapes et en plusieurs versions après un voyage de l’auteur en Russie au cours duquel il devait traverser la Hollande, offre, dès son Préliminaire, une méthode pour bien observer en voyage. Cependant, cette méthode paraît se passer de la vue. En suivant les conseils de l’auteur, le voyageur de type nouveau devrait non plus tout voir, mais poser plutôt des questions aux habitants du pays, en fonction de leurs spécialités, prendre des notes de leurs réponses et formuler enfin un jugement (impartial, au cas idéal) : Gardez-vous de juger trop vite, et songez que partout il y a des frondeurs qui déprécient, et des enthousiastes qui surfont. L’esprit d’observation est rare. Quand on l’a reçu de la nature, il est encore facile de se tromper par précipitation. Le sang-froid et l’impartialité sont presque aussi nécessaires au voyageur qu’à l’historien. [...] Vous abrégerez votre séjour et vous vous épargnerez bien des erreurs, si vous consultez l’homme instruit et expérimenté du pays sur la chose que vous désirez savoir. L’entretien avec des hommes choisis dans les diverses conditions vous instruira plus en deux matinées que vous ne recueillerez de dix ans d’observations et de séjour. Le médecin vous dira de l’air, de la terre, de l’eau, des productions du sol,

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