AGAPES FRANCOPHONES 2019
Géza Szasz Université de Szeged, Hongrie _____________________________________________________________ 62 peuples des îles de Pacifique, sans écriture, et réputés de vivre encore à l’état primitif de l’humanité (Gérando, 127-169). Il s’agit là bel et bien d’une tentative d’étude comparée : à l’aide de ses résultats, on pourra établir les similitudes et, surtout, les différences entre la civilisation de ces peuples et celle de l’Europe et de mesurer le degré de développement ou, pour le pire, de corruption de cette dernière. 3. Comparer, c’est (se) mesurer La mesure, justement. On vient d’évoquer, à propos de la méthode de Gérando, « la mesure du développement ». Notons que les verbes mesurer , se mesurer et comparer sont intimement liés et dans les méthodes et dans les récits de voyage. C’est en comparant que l’auteur d’une méthode ou d’un récit peut se mesurer aux autres, c’est-à-dire déterminer sa position dans l’histoire du voyage et du genre du récit de voyage. Dans ces cas, la comparaison, qui peut être multiforme, aboutit à la déclaration de la supériorité de l’auteur et de son texte. Le principal moyen consiste à évoquer, parfois même énumérer, les erreurs des prédécesseurs. Ainsi, pour rester un peu dans le domaine des méthodes du voyage, Horace Bénédict de Saussure souhaite ouvrir un nouveau chapitre dans l’histoire des voyages et de l’observation, quitte à discréditer les autres. Il dénonce ainsi chez les philosophes anciens la volonté de deviner la nature au lieu de l’étudier, chez les naturalistes modernes, celle de se limiter à « recueillir des curiosités » (Saussure, 21) ressemblant ainsi à « un antiquaire qui gratterait la terre à Rome, au milieu du Panthéon ou du Colisée, pour y chercher des fragments de verre coloré, sans jeter les yeux sur l’architecture de ces superbes édifices. » (Saussure, 22-23). Son procédé et son texte à lui gagnent par cela en valeur, puisque, comme nous l’avons vu dans le chapitre précédent, il oppose à l’obscurité des vieux textes la clarté de la vue, une interprétation philosophique des résultats et une étude systématique du terrain. Les Considérations du baron de Gérando s’inscrivent aussi dans cette tradition : au début du mémoire, avant de passer aux observations à prévoir pour connaître l’état de l’homme des premières époques de son histoire (Gérando, 131-133), il énumère brièvement les fautes des voyageurs précédents. Celles-ci seraient dues notamment aux rapports incomplets, à la courte durée du
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