AGAPES FRANCOPHONES 2019

Géza Szasz Université de Szeged, Hongrie _____________________________________________________________ 66 imposants de la Suisse. » (Marmont, 45). Trois ans plus tard, lorsque le voyageur se rend à Buda en suivant la ligne du Danube, le pays, bien cultivé et varié, lui « rappelle l’Allemagne, quoiqu’il ne présente pas l’image du bien-être » (Marmont, 20). De la représentation des paysages, on glisse rapidement vers les analogies historiques. C’est le cas notamment de la traversée de la très désertique Grande Plaine : En Espagne et en Hongrie les mêmes causes ont produit les mêmes effets. Les longues guerres, dont la Péninsule a été le théâtre, ont contraint ses habitants à s’agglomérer dans des villes, par groupes de cinq à six mille âmes, et à ne point se disséminer dans des villages ouverts, des hameaux, ou des métairies ; et comme rien ne change jamais en Espagne, les choses y sont restées dans le même état, quoique depuis longtemps elles eussent dû être modifiées. Les Hongrois qui ont eu raison de se réunir ainsi autrefois, vivant aujourd’hui sous l’égide d’un gouvernement protecteur, devront renoncer à une coutume sans objet et répartir leur population d’après les principes suivis dans tous les pays civilisés. (Marmont, 58-59) Cette citation est lourde de deux comparaisons : l’une établissant une ressemblance entre la Hongrie et l’Espagne, et une autre établissant une différence entre la Hongrie et les pays civilisés. Pour revenir aux paysages, la rive gauche de la Tisza résiste même à une comparaison avec le delta du Nil : « C’est sur la rive gauche de la Theiss surtout, que l’on trouve une prodigieuse fertilité ; le Delta du Nil ne présente pas à la vue une plus belle apparence. » (Marmont, 66). La suite du trajet est aussi pleine de comparaisons implicites. Ainsi, dans le Banat, le voyageur « croit voir une belle province d’Allemagne, et il en est ainsi jusqu’à Temésvar. » (Marmont, 75) Chez un autre voyageur, Édouard Thouvenel, qui fait un « Tour d’Europe Centrale » en 1838, la Hongrie doit déjà subir la comparaison avec la France au sujet de la réforme fiscale. Au sujet de la construction du premier pont fixe sur le Danube, l’auteur n’utilise même pas de sous-entendus pour marquer la différence entre les deux pays, à l’avantage de sa patrie, « plus développée » : « Széchényi proposa […] de soumettre les nobles comme les paysans à un droit de péage pour subvenir aux frais de construction. Ce moyen, qui, chez nous, paraîtrait si simple, devait heurter vivement les idées de l’aristocratie hongroise. » (Thouvenel, 17-18)

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