AGAPES FRANCOPHONES 2019

Iringó ABRUDAN Université Lucian Blaga , Sibiu, Roumanie _____________________________________________________________ 74 Dans cet article, nous nous proposons d’interroger l’instauration de l’écriture ernalienne à partir de la métaphore du « retour aux origines » inscrite dans la chaîne causale ci-dessus mentionnée et en analysant l’occurrence de l’écriture à la suite des phénomènes mnémoniques qui la sous-tendent. De même, nous allons analyser la constitution identitaire de l’écrivaine qui s’édifie et se (re)définit à plusieurs reprises dans ses écrits à partir de la métaphore du « retour ». La dimension ontologique de ses récits où les voix de ses narratrices qui se veulent génériques en reflétant toute une génération avec ses mœurs, ses mentalités, son héritage culturel, est mise en relation avec les effets d’un trauma profond produit par la prise de conscience des différences socioculturelles entre les « dominés » 4 et les « dominants » comme effet de la comparaison. Le corpus du présent travail comprend les écrits qui portent essentiellement sur la métaphore du« retour aux origines » dans les récits : Les armoires vides (1974), Ce qu’ils disent ou rien (1977) , La Honte (1997) , L’événement (2000) , La Place (1983) , Les Années (2008) , L’autre fille (2011) , Mémoire de fille (2016) . On y ajoute trois livres qui retiennent notre attention par leur portée théorique : Le vrai lieu (2014) , L’écriture comme couteau (2003) et L’atelier noir (2011) . 1. Le retour- récupérateur du temps mythique Sous l’histoire, la mémoire et l’oubli. Sous la mémoire et l’oubli, la vie. Mais écrire la vie est une autre histoire. Inachèvement. (Ricœur 2000, 657) Le retour aux origines a fourni à Annie Ernaux le support matériel et spirituel nécessaire afin d’écrire la vie d’une manière réelle et factuelle. Et ce n’est pas une récupération qui vise la dimension individuelle, mais l’une qui porte les marques de toute une époque passée, d’une génération qui n’existe plus. La récupération de ce monde d’origine se réalise d’un côté par l’intermédiaire de la mémoire et de la recherche des traces (les archives, les photos, les journaux de l’époque, et les empreintes inscrites dans l’âme et l’esprit et transposées dans l’écriture). Il convient ici de mentionner aussi « le retour méta-textuel » 4 Les termes appartiennent au sociologue français Pierre Bourdieu que l’écrivaine admire en revendiquant l’affiliation dans ses écrits à maintes reprises.

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