AGAPES FRANCOPHONES 2019

Traces et souvenirs d’enfance à la charnière des paradigmes socioculturels « antinomiques » dans les récits d’Annie Ernaux _____________________________________________________________ 75 (Schwerdtner 2015, 245-265) que l’écrivaine entreprend dans ses plus récents récits ( Retour à Yvetot , 2013 ; L’autre fille , 2011 ; Les années , 2008 ; Mémoire de jeune fille , 2016), dans lesquels elle revient sur les traces des expériences de l’enfance et de la jeune fille décrites dans ses premiers livres. De l’autre côté, il y a le retour proprement dit, les voyages aux lieux d’origine (Yvetot 5 , sa ville natale où se trouve le café-épicerie de ses parents et Rouen 6 où elle a parachevé ses études universitaires), par l’intermédiaire des colloques, des rencontres ou des reportages 7 . À la suite du retour officiel à Yvetot, assez tard, en 2012, l’auteure accomplit un travail de restitution et de réparation autant envers elle qu’envers les citoyens : « Car, bien au-delà d’une évocation des souvenirs d’enfance, c’est le phénomène de transformation de ces souvenirs en matériau pour une œuvre de portée universelle qu’il nous a été donné d’entendre et de comprendre. » (Ernaux 2013, 7) Alors, j’imagine sans peine que les habitants d’Yvetot et de la région ont pu voir là une marque de dédain, de ressentiment tenace, et que, peut- être, ils en ont conçu un sentiment d’injustice. Après tout, je me suis « servie » d’Yvetot, des lieux, des gens que j’ai connus, j’ai pris beaucoup à Yvetot où j’ai passé mon enfance, ma prime jeunesse, et, d’une certaine façon, je me suis refusée à lui rendre quoi que ce soit. (Ernaux 2013, 9) Entre son premier livre, Les armoires vides (1974) , et le Retour à Yvetot (2013), texte publié presque quarante années après , s’érige un pont de liaison entre le travail de récupération et celui de restitution et de réparation. Les deux récits portent sur le monde d’enfance, sur les racines socioculturelles de l’écrivaine, mais d’une manière différente. Symboliquement, le retour physique est précédé par celui de la récupération lourde et difficile entreprise par l’écrivaine par le travail de la mémoire, du souvenir, dans ses premiers récits. 5 Conférence organisée à Yvetot, le 13 octobre 2012, qui est consignée comme une « satisfaction de pouvoir inscrire ainsi, de manière durable, dans la mémoire locale cet événement culturel majeur que fut pour nous le premier retour officiel d’Annie Ernaux sur les lieux de son enfance » (Ernaux 2013 , Avant-propos, p.7) 6 Colloque international organisé par le CÉRÉdIà l’Université de Rouen le 14-15 octobre 2013 : « L’intertextualité dans l’œuvre d’Annie Ernaux » ; rencontre de ses lecteurs lors de la publication de son récit Retour à Yvetot, organisée le 14 novembre 2013 à l’Armitière, Rouen. 7 https://www.mycanal.fr/docus-infos/avec-annie-ernaux-21-cm/ 21 centimètres, émission littéraire présentée par Augustin Trapenard, tous les mois sur CANAL+.

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