AGAPES FRANCOPHONES 2019
Iringó ABRUDAN Université Lucian Blaga , Sibiu, Roumanie _____________________________________________________________ 80 est Paul Ricœur qui dans ses ouvrages La mémoire, l’histoire, l’oubli (2000) et Temps et récit (vol. I-III, publiés en 1983, 1984 et 1985) accomplit une étude exhaustive de la trace et de l’empreinte d’une perspective phénoménologique et herméneutique, en étroite liaison avec les catégories de la mémoire, du temps vécu, de l’imagination, de l’histoire (voir l’archive), du récit. La métaphore du bloc de cire « conjoint les deux problématiques, celle de la mémoire et celle de l’oubli » (Ricœur, 10) étant évoquée par Ricœur pour expliquer l’empreinte (le « tupos ») qui est associée à « la problématique de l’eikon ». De même, « le problème de l’oubli est dès le début posé, et même doublement posé, comme effacement de traces et comme défaut d’ajustement de l’image présente à l’empreinte laissée comme par un anneau dans la cire » (Ricœur, 8). Dans son livre La mémoire, l’histoire, l’oubli , Paul Ricœur identifie et propose « trois emplois majeurs du mot trace » : trace écrite sur un support matériel, impression-affection "dans l’âme", empreinte corporelle, cérébrale, corticale. Telle est, selon moi, la difficulté incontournable attachée au statut de "l’empreinte dans les âmes" comme dans un morceau de cire. (Ricœur, 18) Cette hiérarchisation ricœurienne de la trace à partir de la métaphore du bloc de cire (l’empreinte) sera le point de départ de notre recherche superposée à l’œuvre ernalienne. À partir de la remarque du philosophe ‒ « la métaphore de l’empreinte, dont celle de l’inscription veut être une variante, fait appel au "mouvement" ( kinēsis ), dont l’empreinte résulte ; or ce mouvement renvoie à son tour à une cause extérieure (quelqu’un, quelque chose a frappé l’empreinte » (Ricœur, 20) ‒ , nous allons énoncer notre propre thèse selon laquelle l’empreinte jouit d’une nature plus profonde que la trace, elle est de nature essentiellement affective et apparaît comme un résultat des traces qui ont une nature extérieure. Pourtant les deux concepts sont liés, interdéterminés, ils ne pouvant pas être jugés l’un sans l’autre. Dans les récits ernaliens nous avons décelé deux grandes catégories situationnelles qui impliquent la trace et l’empreinte : d’un côté, il y a les traces laissées par le passé et que l’écrivaine récupère et restitue dans ses écrits (les traces matérielles et les empreintes affectives) et, d’autre côté, il y a les traces laissées par l’écrivaine à travers son écriture afin de réparer et d’ harmoniser .
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