AGAPES FRANCOPHONES 2019

Traces et souvenirs d’enfance à la charnière des paradigmes socioculturels « antinomiques » dans les récits d’Annie Ernaux _____________________________________________________________ 83 hors des normes ou des traditions), ou de sa participation active à la vie socioculturelle. On remarque aussi son implication active dans la publication de ses livres (voir Écrire la vie ). Le photo-journal (qui précède les récits compris dans Écrire la vie ), le journal intime (les premières traces écrites laissées par l’écrivaine, son premier journal intime tenu depuis ses 16 ans, sera détruit malheureusement par sa mère), le journal extime, les notes, les méta-textes et le discours d’escorte, les prises de positions lors des colloques, séminaires ou interviews, représentent autant de manières de se faire entendre et d’exprimer clairement ses convictions littéraires (même critiques) en laissant sa trace particulière dans la littérature contemporaine et ultracontemporaine française et internationale par l’intermédiaire des traductions de ses livres. Dans une interview offerte à Michèle Magill et Katherne Stephenson, Ernaux explique le rôle de son journal intime lors des temps enfouis de l’enfance : « C’est un signe, ce besoin de verbaliser, de mettre noir sur blanc. Mais j’ai toujours eu ce besoin de poser ma trace, comme on dit. […] C’est un besoin de m’inscrire dans l’histoire. » (2003, 78) L’écriture d’Annie Ernaux revêt, en effet, une valeur profondément novatrice par la forme et le style qu’elle expérimente afin de donner l’expression la plus appropriée de ses sentiments, sensations, expériences mis en page, et du récit en général. Par ses écrits qu’elle proclame « auto-socio-biographiques » (Ernaux 2003, 21), elle brouille les frontières de la littérature traditionnelle, les canons littéraires en se façonnant sa manière particulière de création en mariant l’écriture fragmentaire, le métadiscours, le discours d’escorte, l’intertextualité, et même les aspects qui concernent le côté intersémiotique de son écriture. En guise de conclusion L’écriture chez Annie Ernaux a la fonction de sauver, de récupérer et restituer les traces et les empreintes d’une vie, telle qu’elle fut sans la métaphoriser, sans l’embellir en l’écrivant d’une manière factuelle ou « plate » 11 , à la foi transpersonnelle et « traversée par les autres ». 11 « L’écriture plate » qu’elle propose dans La Place et qui pourrait être comprise par l’analogie avec « l’écriture blanche » de Roland Barthes.

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